J+180-185 / Etape contre la montre

Dans six jours nous avons un avion qui décolle de Tarapoto pour Iquitos ou nous retrouverons Ivan. Plus de 1000 kilomètres, une distance qui en France est parcourue en 4 heures par le train, ici, il n´y a pas de train à grande vitesse ni d´autoroute et on trouve parfois des routes goudronnées. Donc pas de temps à perdre, surtout que nous prévoyons un arrêt à mi-chemin à la Merced, capitale du café péruvien.
Il est 18 heures quand notre bus démarre et sort de la gare de Cusco, il n´est pas de première jeunesse, mais beaucoup plus confortable qu´un bus éthiopien. Ayant pris nos places au dernier moment, nous sommes à l´arrière du bus. Nous avons un changement prévu vers 6 heures du matin pour continuer notre route vers Andahuaylas.Le bitume étant bon et le bus plongé dans l´obscurité nous nous endormons rapidement. Comme prévu nous arrivons à Andahuaylas pour le changement de véhicule, il est plus petit et en moins bon état. Arrivant aux places qui nous sont assignées, nous ne les trouvons pas, les sièges ont été retirés ! Après discussion, nous parvenons à nous asseoir sur deux des cinq places qui trônent à l´arrière du bus. Étant donné l´aperçu de la piste et notre expérience éthiopienne nous ne sommes guère enchantés. Il faudra à peine une demi heure pour que nos craintes ne se transforment en réalités. La piste est caillouteuse, pleine de bosses et de trous. Ce ne sera donc pas un voyage d´agrément, d´autant que les pauses sont inexistantes et nous devront attendre midi avant que le bus ne s´arrête dans une station service à l´abandon, transformée en aire de pique-nique. 20 minutes plus tard nous repartons, pause obligatoire, un camion bloquant la voie, le chauffeur préfère nous inviter à tous descendre afin de manœuvrer la conscience tranquille et passer sereinement entre le camion et le ravin (à vrai dire nous aussi on préfère le regarder faire sa manœuvre de dehors). Sans autre dommage qu´une crevaison et notre postérieur endolori nous arrivons dans la ville de Ayacucho. Nous venons de parcourir à peine 150 Km en 24 heures. Pas de temps pour passer la nuit dans cette charmante bourgade qui vit naître le sentier lumineux il y a une vingtaine d´années, nous nous renseignons immédiatement et trouvons un bus qui part dans une heure. Nous dînons à l´étage de la compagnie de bus, lumière crue, menu classique et pas cher : une soupe, une assiette avec viande, riz, patates et une boisson. La note réglée nous prenons place dans le bus pour continuer notre course, en espérant que la route sera en meilleur état. Il 21 heures, nous sortons de la ville. Une heure plus tard notre bus s´immobilise, les lumières du bus s´allument, un jeune homme habillé de façon militaire se dirige directement vers le fond, et demande les cartes d´identité…nous nous regardons avec Laetitia, pendant une fraction de seconde nous avons un doute, est-ce vraiment la police ? Oui, après avoir photographié nos passeports, il nous les rend et part contrôler d´autres passagers, et nous repartons dans la nuit direction le nord du Pérou. Au rythme des bosses nous finissons par nous endormir.

Quatre heures du matin, nous sommes à nouveau réveillés. Le bus vient de s´immobiliser apparemment sans raison. En sortant nous voyons que nous ne sommes pas le seul véhicule à l´arrêt. Une longue file s´étend devant nous, à la lumière de notre torche nous la remontons pour nous rendre à la source du problème. Un camion immobilisé en travers de la route, une partie de la remorque prête à basculer sur les maisons en contrebas. Nous retournons dans le bus et nous rendormons, de toute façon il n´y a rien d´autre à faire. A l´aube le bus n´est toujours pas reparti, un autre camion est là. Des personnes ont commencé à décharger les sacs de ciment, arrive ensuite une grue pour débloquer la situation devant une bonne soixantaine de spectateurs (les occupants de tous les véhicules immobilisés). 9 heures, nous repartons à l´assaut des pistes péruviennes. Vers midi nous sommes à Huancayo. Nous restons deux heures dans cette petite ville, le temps de se restaurer d´acheter un billet pour notre prochaine étape et nous partons pour Huánuco. Aucun problème sur la route, nous arrivons à l´heure prévue, incroyable. Pas de départ prévue pour cette nuit, ni pour le lendemain, demain on se repose. Un passant nous indique un petit hôtel sympathique en ville. Minibar, télévision, douche chaude, lit confortable. Parfait pour se reposer de ces deux jours de route éprouvants. On prend de la bière dans le frigo et allumons la télé, une chaîne porno… nous optons pour la chaîne enfantine et nous nous endormons en regardant la Panthère Rose. Nous profitons de ce jour de repos pour visiter la ville et réfléchir si nous avons le temps de nous rendre à la Merced, grosse cité caféière de la région. Après nous être renseignés, cela s´avère impossible, car nous allons devoir, à partir d´ici prendre des taxis collectifs avec plusieurs villes étapes, les routes sont tellement pourries que les bus ne peuvent les emprunter. Cela devrait nous prendre une journée et demie si tout se passe bien, et notre avion est dans trois jours. Nous disons adieu à La Merced et réservons un taxi pour le lendemain 10 heures.Dans la matinée nous avons rencontré un torréfacteur, chez qui nous avons dégusté un bon café de la région et sûrement le meilleur du Pérou en ce qui nous concerne.

Le soir alors que nous regardons passer une procession, semaine sainte oblige, nous retrouvons la personne qui nous avait indiqué l´hôtel, nous allons boire un coup dans un bar fort sympathique et il nous fait découvrir l´aguardiente, un alcool péruvien à base de canne à sucre. Nous passons le reste de la soirée en amoureux pour fêter nos six mois de voyage, dans le restaurant le plus chic de la ville, avec sans doute le menu le plus cher, mais aussi le plus cheap. Déprimés, mais souriants nous allons nous coucher après cette belle arnaque gastronomique, mais nous vous l´avions déjà raconté (dans le post intitulé « et de six ! »).
Le lendemain 10 heures, le taxi est là. Nous embarquons, repassons par la station pour charger du monde. Trois heures plus tard sur une route relativement clémente nous arrivons dans la ville de Tingo Maria. On mange un bout dans une gargote à la mode péruvienne et nous rembarquons dans un autre taxi, cinq heures de piste au programme. Sans encombre mais avec une bonne heure et demie de retard nous arrivons à la nuit tombée sous une légère pluie à notre étape suivante, Tocache. Une ville digne du farwest, une route vaguement goudronnée, mais la majeure partie des voies sont boueuses. Une jeune fille qui était dans le taxi avec nous et qui est du village nous indique un petit hôtel avec un confort minimum qui conviendra parfaitement pour passer la nuit. Nous trouvons un taxi pour Tarapoto, départ le lendemain 7 heures, les dix dernières heures de piste avant de pouvoir enfin prendre l´avion. Nous avons hâte, en 4 jours, nous cumulons déjà 60 heures de route. Avant même que nous soyons réveillé, nous entendons frapper à la porte. C´est le chauffeur qui vient nous chercher avec une bonne demi heure d´avance. Je lui fais comprendre avec mes trois mots d´espagnol de repasser dans un petit quart d´heure. Nous passons nos frusques vite fait, un débarbouillage et nous sommes dans la rue. Le temps de fumer une clope, faute d´un bon café pour nous réveiller et voilà que notre voiture s´avance.
Comme pour le jour précédent nous prenons la direction du garage pour charger les trois passagers manquants ; cela nous laisse le temps de voir la ville se réveiller et nous aussi en sirotant un café dans le bar voisin. 8 h 15, c´est le coup d´envoi de la dernière spéciale pour Tarapoto. D´une spéciale, nous passons à un contre la montre. Notre chauffeur doit être un pilote de rallye frustré… nous avoisinons les 80km/h sur une piste dans un état plus que limite. Après une heure trente de course, enfin nous nous arrêtons dans une gargote pour prendre le petit-déjeuner. Un quart d´heure plus tard nous sommes à nouveau sur la piste à nous enchaîner bosses et virages. Quelques passages boueux, quelques ornières. Juste à la sortie d´un virage un glissement de terrain plus important que les autres bouche la moitié de la route, le chauffeur ralentit, après une seconde de réflexion il remet la gomme, nous n´avons même pas le temps de parcourir les dix premiers mètres que nous sommes immobilisés par la boue. Il ne nous reste plus qu´à enlever nos chaussures pour descendre de voiture. Laetitia aide une dame en portant sa petite fille pour traverser ce passage boueux et je donne un coup de main pour dégager la voiture. Il nous faudra d´abord dévier l´eau qui coule et qui continue à ramener de la boue sur la route. Après une bonne demi-heure de patinage, 5 personnes à tracter la voiture et se faire copieusement arroser de boue, le chauffeur réussit à sortir de ce bourbier péruvien. La voiture à vide, il prend du recul, accélère à bloc et passe les 25 mètres de boue sans difficulté. Sans attendre nous repartons, le chauffeur continu d´attaquer la piste. Rapidement il est contraint de ralentir pour un simple problème mécanique, la surchauffe du moteur…ce qui l´oblige à conduire en roue libre quand la route le permet. Nous finissons par nous arrêter près d´une rivière où pendant une dizaine de minutes nous faisons des allers-retours entre le cours d´eau et le radiateur de la voiture. Une fois la voiture remise de ses chaleurs nous repartons. Une dernière heure de route avant la pause midi, le chauffeur en profite pour se plonger dans le moteur pendant que les passagers se posent pour manger. J´en profite pour peaufiner mon rôle de « El Gringo » et d´acheter du café à un revendeur local, pendant ce temps Laetitia discute avec trois vieux assis à regarder ce qui passe dans la rue, c´est à dire pas grand chose. Ils lui annoncent que ça bloque un peu plus loin. Effectivement à peine une heure après être reparti, nous dépassons une file de camions, bus, voitures immobilisées ; nous stoppons à notre tour et allons voir l´origine du problème. C´est simple, la moitié du pont s´est écroulée. Des ouvriers travaillent depuis ce matin à le remettre en état, mais cela donne l´impression que rien n´a été fait. Notre avion est demain et il n´y a qu´une seule route, donc pas le temps d´attendre, nous payons notre taxi pour ce bout de course et trouvons de l´autre côté du pont qui est pratiquable à pied un chauffeur de fortune plein d´opportunisme qui charge sa vieille caisse de galériens comme nous. Nous prenons les deux dernières places disponibles à côté du chauffeur. Une heure plus tard nous somme dans un petit village et changeons de voiture. Enfin la route s´améliore, moins de bosses, moins de montagne, mais cela n´empêchera pas la fatalité de nous rattraper. Nous finissons par crever, mais que légèrement autant que cela soit possible. Nous avons le temps d´arriver jusqu´à un atelier de vulcanisation. Petit à petit la piste laisse place au macadam, nous arrivons à un rond point, le chauffeur le coupe comme si de rien était. Nous roulons encore vingt minutes sur cette route à double sens et possédant une ligne blanche. Enfin Tarapoto, 5 jours de voyage, 70 heures de piste. Nous prenons le temps pour un bon restaurant, une grâce matinée et en fin d´après-midi nous embarquons et prenons notre envol au dessus de l´Amazonie pour la plus grosse ville du monde sans liaison routière, Iquitos.

Laetitia et Stan

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2 réflexions au sujet de « J+180-185 / Etape contre la montre »

  1. Anonyme

    J’ai pas eu le courage d’aller jusqu’au bout de la lecture : ça fera au moins 10 volumes ! (en comptant les prochains 6 mois)Bon N’anniv les pieds légés… Lut Fabie

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