J+186-194 / La cité de la jungle

Vol de nuit. Une heure et demie pour 500 kilomètres au-dessus de la plus grande et la plus primaire forêt du monde pour rejoindre Iquitos. De l´Amazonie vue du ciel nous ne verrons rien. Atterrissage sans encombre. Nous récupérons nos affaires sur le tapis roulant qui fonctionne tant bien que mal et sortons du petit aéroport. Ivan nous attend, il a un peu changé depuis la dernière fois où nous l´avons vu à Puno, il est passé chez le barbier et a dû perdre un bon kilo de poils. A peine le temps de nous saluer que nous avons déjà plusieurs propositions de différents taxis pour nous emmener jusqu´au centre ville. Tout en fumant notre première cigarette en terre amazonienne, nous nous dirigeons naturellement vers le taxi qui a l´air le plus sympathique, une femme bien en chair et tout sourire. Pendant le trajet nous nous racontons les deux semaines que nous avons passées chacun de notre côté. Pour Ivan ses expériences chamanique et pour nous notre visite du Machu-Pichu et notre remontée chaotique pour arriver jusqu´ici.Le récit d´Ivan est évidemment à tendance psychique et le notre beaucoup plus physique. Le taxi nous dépose Plaza de Armas. Toutes les villes péruviennes dignes de ce nom possèdent au centre de la cité et comme place principale, une Plaza de Armas, Iquitos n´y échappe pas. Ivan étant sur place depuis quelques jours, il a loué une chambre dans un petit hôtel en plein centre. Une entrée un peu sombre encombrée de divers peaux de bêtes, crocodile, léopard, des crânes mais aussi un grand perroquet coloré qui donne du « OLAAAA » à ceux qui passent l´entrée. N´étant pas en haute saison nous pouvons discuter un peu le prix. Notre chambre est superbe, spacieuse et ventilée et avec cette chaleur c´est un luxe, tout en bois, nous y accédons par un enchaînement de petits escaliers. Si nous n´étions pas en ville, nous aurions le sentiment d´être au cœur de la jungle. Pour continuer notre immersion dans un milieu sylvestre Ivan nous emmène dans un restaurant entièrement en bois, les chaises, les tables, les murs. L´espace est grand et aéré, les serveuses sont charmantes et souriantes, la cuisine italienne est parfaite, le vin un peu fort, mais c´est ce qu´il fallait pour des retrouvailles. Tant qu´Ivan sera là ce sera notre cantine, Ivan parti nous en changerons car bien que le lieu soit idéal, les prix sont élevés. Tout se paye dans ce monde. La rue de notre hôtel donne directement sur la place principale, les écrivains publics sur leur vieille machine y passent la journée, du côté ombragé de la rue, à attendre le client pour lui écrire des lettres sans doute plus administratives que sentimentales. L´un deux est passionné d´échecs, entre deux lettres il croise le fer avec les passants. L´échiquier est sans doute aussi vieux que sa machine, et je n´ose pas imaginer le nombre de lettres et de parties qui ont été écrites et disputées sur ce bout de trottoir.

Nous sommes en pleine semaine sainte alors évidement quand nous passons près de l´église de la place principale pour nous rendre au marché de Belem, elle est pleine à craquer. Le marché lui aussi est plein à craquer, si l´église nourri l´esprit de denrées spirituelles, n´oublions pas que l´homme est de chair et que le matériel a son importance pour sa survie dans ce monde qu´il se créé chaque jour et parfois on pourrait se dire que ce monde est bien hostile. Le marché et le quartier de Belem en sont un bon exemple. D´abord le marché. Immense, vivant, bruyant, coloré, exotique…tout à fait charmant au premier coup d´œil. Mais sous ce vernis que reste t-il ? Des chiens galeux qui traînent dans les allées à la recherche d´une pitance quelconque, des allées pleines de boue et de détritus, des étales qui vendent des viandes souvent plus bleues que rouges. Des pickpockets, l´un d’eux à même voulu exercer son art sur le sac de Laetitia, heureusement elle s´en est rendue compte et il a filé vite fait sans demander son reste ; des gamins pour vendre des confiseries ou vous cirer les pompes pour quelques centimes. Évidemment je grossi le trait car on trouve aussi de beaux étales avec de beaux fruits et légumes, de magnifiques paires de baskets qui sentent la contrefaçon, du matériel électroménager dernière génération. Dans ce marché il y a aussi une partie réservée à la magie ; on y voit tout les ingrédients indispensables pour des cérémonies chamaniques, plantes hallucinogènes, dont la fameuse ayahuasca, graines, écailles de tortues… bref tout le nécessaire du parfait chaman. Ce marché incroyable jouxte le quartier du même nom. Belem est la Venise du pauvre, il est construit sur la rive de l´Amazonie. Il en subit la crue, pendant la saison des pluies on circule en barque ou sur des chemins de pilotis construit avec le tout venant, planches, troncs. Cela donne une espèce de sentier chaotique où les gens du quartier marchent avec aisance mais pour celui qui ne connaît pas la circulation est beaucoup plus délicate. Les maisons sont comme les chemins, construites avec du matériel que l´on imagine aisément de récupération, couvertes de l´inévitable toit de taule. Pendant la saison des pluies ce tableau peut sembler presque charmant, mais en saison sèche quand l´eau s´en est allée et que seules les maisons restent au milieu de la boue, je pense que l´ambiance est toute autre. Nous finissons notre ballade dans un troquet surplombant le quartier ; nous y passons l´après-midi à discuter, jouer à un jeu de société en buvant des bières à pas cher. Dans cette ville l´architecture ennuyeuse, la seule caractéristique architecturale intéressante est les Azulejos, mosaïques d´origines espagnole et portugaise. Ils ornaient les demeures aux heures de gloires de la ville, quand l´argent coulait à flot grâce à l´exportation du caoutchouc qui coulait dans les veines des hévéas qui poussent à l´état naturel dans la forêt. Mais l´exploitation difficile de ces arbres, et celle de la population locale pris fin quand les anglais volèrent des graines de cet or vert pour en commencer l´exploitation de façon industrielle en Malaisie. Après cela la ville connu une récession qui prit fin avec la naissance du tourisme de masse et l´exploitation forestière vers l´Europe, l´Amérique et aujourd´hui vers l´Asie notamment, nouveau prédateur des ressources terrestres.
De la forêt d´Iquitos nous ne verrons pas grand-chose, nous irons faire un tour en pirogue sur deux affluents de l´Amazone, le Nanay et le Momon. Toutes les rivières du plateau amazonien sont calmes et majestueuses, circulant comme l´anaconda dans la végétation luxuriante, s´accrochant aux arbres, ondulant sur le sol, se faufilant entres les racines. Notre jeune guide, voudra nous emmener dans quelques villages typiques avec des indiens de pacotille, gentiment nous déclinerons sa proposition et opterons pour un petit parc animalier où nous pourrons voir des paresseux, une tortue qui a sans doute servie de modèle pour les générations futures tellement son fasciés semble sorti des âges où la nature n´était pas encore une artiste accomplie. Nous verrons aussi des anacondas, des oiseaux et de petits singes malicieux. Quelques jours plus tard nous retournerons sur ce bras du fleuve pour visiter une ferme aux papillons tenue par une australienne. A force de patience et de connaissances des plantes sur lesquelles les chenilles se nourrissent, elle a réussit à recueillir quelques papillons qui volent dans une immense cage au milieu de plantes luxuriantes. Certains de ces papillons atteignent la taille respectable de deux mains l´une à côté de l´autre. Outre les papillons on trouve un tapir, un fourmiller et un léopard qu´elle a dû recueillir, comme cela arrive souvent quand des touristes crédules et stupides, achètent des animaux à des vendeurs cupides et peu scrupuleux et qu´au moment de partir finissent par l´abandonner dans l´hôtel où ils ont logé ou dans un refuge. C’est ce qui se passera dans notre hôtel, où deux jeunes personnes ont acheté un petit singe au marché de Belem, histoire d´avoir un animal domestique pendant leur séjour amazonien. Nous retrouverons ce bébé singe attaché à un poteau et eux sans doute déjà dans l´avion direction l´Europe.
Les jours se succèdent et vient celui ou Ivan doit nous quitter pour repartir vers Lima. Direction l´Antica notre QG gastronomique : entrée, plat, dessert. Le lendemain nous accompagnons Ivan à l´aéroport, une dernière clope sur le parvis, il passe le portillon électronique et nous revoilà en solo. C´est dans ces moments que l´on peut se rendre compte de notre attachement à nos amitiés et du bien que cela fait de revoir les amis et de se raconter des histoires qui nous sont communes, d´imaginer des projets farfelus, de se raconter des histoires stupides, de faire des constats amers sur le monde, de se dire que notre avenir est bien gris, mais que la vie malgré tout une aventure formidable et unique et qu´il est de notre devoir de remplir la coupe et de la boire jusqu´à la lie.
Nous passerons encore deux jours à arpenter les blocs d´Iquitos avant de nous embarquer sur une « lancha » un bateau à fond plat de deux ou trois ponts qui assure la déserte de Leticia, 500 km sur l´Amazonie. Nous saluons nos hôtes, et nous prenons un bus direction le port. Des bus incroyables, tout en bois et dont toutes les vitres ont été retirées. Sur le port les bateaux sont les uns à côté des autres comme des baleines échouées à marée basse. Nous achetons deux hamacs, nous prenons des filets qui prendront moins de place dans nos sacs mais nous le regretterons dès la première nuit, pratique mais pas du tout confortable. Nous nous rendons ensuite à bord pour acheter nos billets auprès du capitaine et installons nos hamacs sur le pont supérieur. Le premier pont et la cale sont réservés pour les marchandises, les deux autres sont pour les passagers. Il est minuit, avec quatre heures de retard le bateau se détache doucement de la berge pour suivre le courant du fleuve vers Santa Rosa, petit village côté péruvien de la triple frontière Brésil, Colombie, Pérou. Nous effectuerons de nombreux arrêts pour charger et décharger hommes et marchandises, la majorité des passagers sont des péruviens, nous ne sommes que quatre touristes, nous, un allemand qui n´en est pas á sa première traversée et un argentin. Les journées sont ponctuées par les repas -inclus dans le prix-, petit déjeuner à 6h30, déjeuner à 11h30 et dîner à 18h, avant que la nuit tombe. Nous avons été très choqué par la façon dont beaucoup de passagers péruviens se débarassaient de leurs déchets : en les jetant par dessus bord dans l´Amazone -alors que le bateau était équipé de grosses poubelles. Il nous faudra deux nuits et deux jours et demi pour arriver à destination et nous serons bien heureux d´y arriver car même si le paysage est magnifique avec le temps il en devient monotone, le pays est plat et du milieu du fleuve la forêt se dévoile à peine. A bord il n´y a pas grand chose à faire sinon lire ou dormir et nous regrettons d´autant plus l´achat de ces hamacs filets qui nous donnent l´impression d´être de gros poissons pris dans les mailles. Seuls l´aube et le coucher du soleil donnent une variation lumineuse à cette poésie fluviale. Débarqués, à Santa Rosa nous nous plions aux formalités douanières et nous nous embarquons à bord d´un bateau collectif pour rejoindre la fameuse Leticia qui se trouve de l´autre côté du fleuve en Colombie.

Laetitia et Stan

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