J+286-287 / Los peones

Featured imageChimaltenango milieu de matinée, nous embarquons dans la voiture de Tim. Nous prenons la route de Las Escobas, le village où ses parents l’emmenaient en vacances tous les ans quand il était enfant. Ils partaient pour un mois avec leur camping-car du Canada jusqu’ici. C’est une des raisons qui l’ont poussé à y installer une école d’anglais. Dans ce village il se sent chez lui et reconnu, il a aussi envie d’aider ces gens à s’en sortir. Son idée, c’est que l’anglais est un tremplin pour les enfants de ce pays pour partir aux Etats-Unis, où ils pourront essayer quand ils seront un peu plus grands, de trouver un boulot. Même si la paye ne sera pas énorme ce sera toujours beaucoup plus qu’ici et ils pourront en renvoyer une petite partie pour aider leurs familles restées au pays. Une pause rapide dans un café internet, nous saluons un de ses potes et nous voilà sur la route. Une bonne heure de route légèrement bitumée qui ne pose pas trop de problème à la voiture rabaissée et coupée sport de Tim.

C’est arrivés au premier village étape que nous abandonnons le goudron pour laisser place aux cailloux et à la boue. Nous choppons quelques coupe-faim et nous repartons. Pas le temps de s’attarder, Tim doit être en début d’après-midi dans sa classe pour donner un cours. A partir de maintenant nous sentons que la voiture n’est pas du tout adaptée au pays. Elle patine, accroche tous les cailloux avec son bas de caisse ; manque de rester coincée à plusieurs reprises. Naturellement nous nous faisons dépasser régulièrement par des pick-up sans âge. Arrivés au village nous nous rendons à la salle de classe. Une pancarte annonce son cours. Le bâtiment n’est pas encore achevé, il faut passer sur des planches pour éviter la boue, limite une lampe torche pour accéder à la salle qui est la seule où un premier revêtement mural a été appliqué ce qui n’empêche pas l’eau de s’infiltrer. Ses trois élèves arrivent, nous le laissons pour une heure et partons nous promener dans le village.
À notre retour nous reprenons la voiture pour nous rendre sur un site Maya : Mixco Viejo. Le temps de faire la route nous arrivons à l’entrée du site qui ferme ses portes. Tim dans un espagnol sud-américain impeccable glisse deux trois mots bien sentis et le gardien nous laisse entrer pour une heure pas plus. Le site est désert, situé sur le sommet d’une montagne. Avec une vue à mille milles à la ronde. D’un côté des falaises et de l’autre un versant bien pentu, une place parfaite pour construire une ville à l’abri des cités voisines. Le soleil nous accompagne. Dans le lointain nous entendons gronder l’orage, et voyons les éclairs déchirer le ciel des vallées voisines. La ville est semblable aux autres cités que nous avons pu voir jusqu’à maintenant, le quartier des temples, le terrain de pelotes et quelques rares vestiges d’habitations. Après une petite heure de ballade avec le site pour nous seuls, nous regagnons la sortie où nous attendons le gardien à qui nous lâchons quelques billets au passage. Nous comprenons sans qu’il ait demandé qu’il n’en attendait pas moins de notre part. L’orage se rapproche, le temps d’arriver au village nous commençons à sentir le goût de l’humidité qui imprègne l’air. Tim se gare, nous prenons nos affaires et nous dirigeons vers une maison, passons un portail et nous voilà dans la cour d’une bicoque. Trois dames sont là en train de papoter tout en faisant leur broderie. Tim nous présente et nous annonce que c’est notre gîte pour la nuit. Maison classique : mur en parpaings et toit de tôle. C’est ici qu’il loue sa chambre pour les nuits qu’il passe au village. Nous repartons tout de suite dans le village car Tim cherche un contact pour que demain nous puissions visiter un cafetal (plantation de café). Son premier plan tombe à l’eau, le gars à qui il pensait demander n’est pas là aujourd’hui, il est parti à la ville. En discutant avec deux trois personnes il finit par trouver quelqu’un qui pourrait nous aider. Nous arrivons dans une réunion de fermiers qui agrandissent le cercle pour que nous puissions nous installer. Laetitia nous présente et explique notre projet. Tout le monde semble ravi, nous prenons rendez-vous le lendemain six heures du matin avec l’un des fermiers qui se propose de nous faire visiter une plantation.

Ici la vie commence beaucoup plus tôt qu’en France, où on trouve de plus en plus difficilement un café d’ouvert avant sept heures du matin. Entre-temps la première personne que Tim avait contactée est revenue et vient à notre rencontre et semble très déçue de nous avoir manqué. Nous lui disons que nous viendrons visiter sa ferme juste après avoir rencontré l’autre cafetero surtout qu’elle se trouve sur le chemin de retour pour Chimaltenango. Sa moue se transforme en grand sourire sous son chapeau de cowboy, on se sert la main et nous disons à demain. L’odeur de pluie qui régnait dans l’air se métamorphose en quelques secondes en une pluie torrentielle, nous regagnons rapidement notre chambre et nous tenons à l’abri le temps que vienne l’heure de manger. Entre-temps les enfants de la maison sont rentrés de l’école. Tim va s’occuper d’eux, les faire jouer ; pendant ce temps la mère profite pour montrer à Laetitia ses broderies et lui en offrir une, ce n’est pas du plus bel artisanat mais comme dit l’expression populaire, c’est l’intention qui compte. La faim fait son chemin, la pluie elle ne veut pas s’en aller. Nous nous équipons de parapluies et partons vers l’unique restaurant du village et commandons l’unique plat du jour avec la seule boisson qu’ils servent : hamburger et coca. Tim part chercher des tacos et des bières. Le tout fera un très bon repas. Après ce dîner très gastronomique Tim nous emmène à l’école du village avec laquelle il a participé à un projet « pédagogique » lors de sa formation afin de pouvoir enseigner l’anglais au Guatemala, puis il nous emmène dans une famille un peu éloignée du village. Drôle d’ambiance. Une mère avec ses quatre enfants qui vivent dans une seule pièce qu’un gars du village veut bien leur laisser. La télé est allumée. Tim va passer un coup de téléphone, nous échangeons quelques phrases avec la mère, nous lui montrons une photo d’un gamin au mur. « C’est mon fils, une photo qu’il m’a envoyé de Nueva York ». Rapidement la conversation s’épuise et la télévision reprend ses droits. Tim ne revient pas. Nous allons fumer une clope dehors. Nous revenons. Tim non. Silence embarrassé. Tim revient, nous partons. Sur le chemin du retour, il nous explique l’histoire de cette famille : une mère sans mari, avec quatre enfants de quatre pères différents. Le plus grand est aux Etats-Unis où il galère pour travailler, il n’arrive même pas à envoyer un peu d’argent pour aider sa mère à élever ses frangines.

Dix heures, la pluie cesse, la nuit est noire, nous sommes dans notre chambre. Demain debout 5h30. La journée a été bien remplie quelques phrases qui se perdent dans la nuit, nous nous endormons. Le réveil sonne il est déjà l’heure. Dehors le soleil étend son bras sur la vallée, encore quelques minutes et nous le verrons apparaitre en personne au dessus des crêtes. Toilette rapide au grand bac en ciment qui contient de l’eau en permanence pour la vaisselle, la toilette et tous les besoins en eau de la maison. A six heures nous avons rendez-vous près d’une petite épicerie, nous nous y rendons un peu avant pour y prendre notre café. À l’heure prévue un gros 4×4 Toyota arrive avec notre gars. On s’embarque tous à l’intérieur, et nous partons pour le lieu dit « Cacao » drôle de nom pour une plantation de café. Avec cette voiture la circulation sur piste caillouteuse est beaucoup plus facile qu’avec la petite voiture urbaine de Tim, nous passons les nids de poule, les cailloux, les ornières comme si ils n’existaient même pas. Quelques minutes plus tard nous nous arrêtons dans un hameau où notre guide discute quelques minutes avec d’autres fermiers. Ils se passent quelques biftons en sous mains, apparemment c’est pour la coopérative.

Je fais quelques photos de ces cafeteros puis nous remontons en voiture pour descendre un peu plus bas dans la vallée. En chemin notre homme nous apprend que la plupart des fermiers de la région ont pu acquérir des terres pour cultiver du café grâce à un plan économique organisé par une ONG qui souhaitait aider les fermiers à cultiver le café et à apprendre le métier. Il n’y avait pas de parcelles pour tout le monde, alors par souci de justice, l’ONG a organisé un tirage au sort avec tous ceux qui souhaitaient participer. Depuis l’association est partie, les fermiers s’en sortent un peu mieux mais ce n’est toujours pas le grand confort. En discutant nous nous apercevons que notre homme ne connait pas la différence entre le robusta et l’arabica, qu’il ne connait pas le principe de commerce équitable. Par contre il connait bien les coyotes qui viennent lui acheter son café, pour un prix de misère, avant même qu’il ne soit récolté et qui sont prêts à laisser le fermier sur place si celui-ci ne veut pas vendre la marchandise et repartir avec leur camion direction Antigua où l’ensemble du café de la région est traité. Nous lui demandons pourquoi ils se s’organisent pas pour envoyer eux-mêmes le café vers Antigua et ne créent pas une petite coopérative pour partager les frais. La suggestion lui paraît intéressante… Sur ces bonnes paroles nous repartons pour le village et nous lui laissons un petit billet pour le temps qu’il nous a accordé et pour la future coopérative ! Nous n’avons pas appris grand chose côté café mais beaucoup sur la façon dont certains profitent de ces pauvres paysans et de leur manque de moyens. De retour dans la voiture de Tim, l’ambiance n’est plus la même on se sent tout de suite beaucoup plus près des forces telluriques. Par moments on aurait presque l’impression d’être trainés derrière un cheval attaché à une corde tant les chocs des cailloux sur le bas de caisse peut-être violents. Tim nous propose de nous emmener jusqu’au village à mi-chemin pour rencontrer le deuxième cafetero. Parfait. L’autre gars fait un peu plus sérieux que le premier, il a commencé son exploitation que très récemment, à peine 5 ans, mais il est très fier et y travaille dur. Il est curieux de ce que l’on connait du café et de ce que nous avons vu lors de notre voyage, il nous demande même si nous ne serions pas des ingénieurs-agronomes. Quand nous lui racontons les histoires des prix d’achat du café et des coyotes, il nous avoue que notre homme à sans doute un peu exagéré la situation et que les prix d’aujourd’hui sont un peu plus élevés. En partant je constate qu’au pied de ses caféiers qu’il y a quelques baies qui traînent, je lui dis au passage que Rafael notre spécialiste colombien nous avait informé que ce n’est pas très bon. Soit j’ai manqué de tact ou il est un peu susceptible, mais il semble vexé et me répond que d’habitude rien ne traine au pied de ses arbres. Rapidement le sourire revient et nous nous séparons heureux de cette rencontre.

Avec Tim nous reprenons la direction de la ville. Sur la place du marché encore bien boueuse en cette saison nous garons la voiture, descendons et nous engouffrons entre les étales à la recherche d’une gargote pour calmer notre faim grandissante avant que la pluie n’arrive. Nous commandons le plat national : pollo, patates et frijoles : le plat n’est pas la hauteur de notre faim, c’est juste mauvais. Tim achète quelques fruits au marché et nous accompagne jusqu’à notre bus. Nous lui disons au revoir et le remercions pour tout. Lui aussi nous remercie parce qu’il a appris beaucoup sur le café et a rencontré des gens qu’il ne connaissait pas au village. Nous prenons place dans notre bus et attendons qu’il soit plein pour partir. A Chimaltenango nous devons retrouver Ita, passer encore un jour ou deux avec elle avant de poursuivre notre route.

Nous arrivons en début d’après-midi à Chimaltenango et nous rendons au café internet en attendant qu’Ita soit rentrée chez elle. Malheureusement il y a une coupure générale d’électricité sur tout le Guatemala, durée estimée entre une heure et quatre heures. Nous en profitons pour nous promener dans la ville. Nous visitons un superbe supermarché, pour l’apprécier au mieux nous l’abordons comme une exposition d’art contemporain. Au moins ce musée est gratuit et nous tient à l’abri de la pluie. Après cette magnifique exposition nous partons vers le marché où l’ambiance est beaucoup plus sympa malgré le manque d’éclairage. Nous retournons vers le café-internet et trouvons Julio, un ami de Tim qui nous propose de venir boire un café en attendant que l’électricité revienne. Nous passons dans l’arrière cours, puis dans la salle familiale ou il nous présente sa famille, ici tout le monde vit sous le même toit de l’arrière-grand-mère à au petit-fils. En discutant nous apprenons que c’est lui le gérant de la boutique, que c’est un voyageur au long-cours, il a vécu aux Etats-Unis, que la panne d’électricité n’a rien d’exceptionnelle et que le gouvernement travaille avec le Mexique pour poser de nouvelles lignes pour éviter ce genre de problèmes pour les années à venir. Le temps tourne, l’électricité revient nous nous connectons et appelons Ita pour lui proposer de nous rejoindre quand elle aura fini son boulot et de nous trouver un petit resto sympathique pour notre dernier soir, c’est nous qui invitons. Vers vingt heures, elle arrive avec des amis et nous partons pour le resto de son choix… Mac Do. Cela faisait bien longtemps que nous n’étions pas sortis avec des amis dans un fast-food.

Laetitia et Stan

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