J+283-286 / Pas de fumée sans feu

Réveil dans la maison d’Ita et Tim au fond d’une petite impasse non goudronnée de Chimaltenango. Maison au toit plat qui attend sans doute un étage supplémentaire, tiges de fer sortant des murs en parpaings non recouverts, douche au fond de la cour, Laetitia peut enfin se doucher avec de l’eau chaude. Une habitation typique de la région, du pays et sans doute du continent. Ita passe un bon coup de balai pour chasser l’eau de pluie qui stagne sur le ciment de la cour et en profite pour nous amener le soleil. Cette ville n’a rien de passionnant, sauf qu’elle est proche de la capitale historique Antigua, de la capital politique Guatemala City et qu’elle est traversée par la route Panamerican qui commence en Alaska pour finir dans la forêt du Darién au Panama. Ce qu’il y a de plus intéressant dans cette ville, ce sont les travailleurs, la vie quotidienne des habitants, voir une ville besogneuse loin des sirènes du tourisme qui masquent le bruit sourd de la vie ordinaire.

Mais pour le reste nous nous rendons à Antigua avec Tim et son incroyable voiture jaune : un coupé sport. Au passage nous faisons un détour par San Andrès Itzapa. Garé, Tim nous emmène dans une petite rue en pente où des vendeurs de porte-bonheur ont installé leurs étales. On y trouve de tout : herbes, petits papiers pliés, bouteilles d’alcool sans étiquette, graines, petites statuettes à la cigarette. Nous arrivons au coin de la rue, Tim nous fait entrer dans la cour d’une maison d’où une fumée blanche et épaisse s’échappe. Sur le pas de la porte nous comprenons vite la situation. Une petite dizaine de personnes s’agitent à l’intérieur en lançant des herbes sur des feux à même le sol, tandis que d’autres sont à genoux à psalmodier quelques chants obscurs et incantatoires. Au fond à droite installés sur une volée de marche deux « Mariachis » jouent devant une grande porte où semble se diriger la plupart des gens. A l’intérieur l’ambiance monte encore d’un cran. Les gens font la queue pour se prosterner devant une statue et recevoir la bénédiction du prêtre. Tim nous donne quelques informations : la statue représente Machimon, une représentation toute Latino de Saint-Simon, la moustache et la clope au bec. Le prêtre habillé comme monsieur tout le monde donne des bénédictions à tour de bras, fouettant les gens avec de grandes touffes d’herbes avant de boire un coup de gnôle et de leur recracher le tout sur les parties dument fouettées : sommet du crâne, épaules, dos et il enchaîne ces bénédictions sans s’arrêter. Nous sommes ici bien loin des messes en latin de certaines de nos églises. C’est ici que Dieu rencontre le Diable, que la raison rencontre la passion et ne s’en porte pas plus mal ! En repartant nous achetons quelques souvenirs aux marchands du temple qui traînent par-là et remontent en voiture pour Antigua, perle coloniale du Guatemala. Nous avons l’adresse d’une fabrique de café, mais qui est fermée aujourd’hui. Nous laissons la voiture près du marché, passons manger un bout dans le Pollo Campero du coin. Ce fast-food ambiance KFC mais 100 % guatémaltèque est la réponse de l’Amérique latine catholique au géant protestant du Nord, et ça marche. Chez nous le fast-food est synonyme de nourriture rapide et pas chère, ici c’est le contraire : c’est cher par rapport à ce que l’on peut trouver dans la rue et cela devient donc presque une sortie prisée d’aller dépenser son argent là dedans, et c’est aussi signe de réussite d’y travailler.
Le ventre plein nous partons nous perdre dans les rues de cette vieille ville à l’urbanisme rectangulaire. Rues pavées, colonnades, maisons à deux ou trois étages ; beaucoup de bâtiments portent les stigmates du tremblement de terre de 1773. D’ailleurs c’est sans doute pour cela que la ville a perdu sa fonction de capitale du pays. Au passage nous prenons quelques informations pour visiter un volcan actif à une heure d’ici et dans la foulée nous prenons rendez-vous pour le lendemain en début de matinée.
Le soir nous passons une soirée ludique à la plus grande joie de Tim qui peut enfin me montrer ses Heroes Click. Nous découvrons à quel point il est passionné par ces figurines de super-héros représentant les avatars de nos dieux modernes. Nous nous installons le ventre plein autour du plateau de jeu et chacun constitue son équipe de super-héros et la bataille peut commencer. Rapidement je constate que Tim est plus intéressé par le côté collection des personnaages que par la stratégie. La partie achevée, nous papotons et Tim nous apprend qu’il a passé une bonne partie de ses vacances d’enfance dans un petit village à deux heures d’ici. Et depuis qu’il est revenu s’installer dans le pays il a repris contact avec eux et à ouvert une classe pour apprendre l’anglais aux enfants. Les parents qui ont un minimum d’argent essayent de pousser leurs gamins à apprendre l’anglais car peut-être un jour ils pourront tenter de passer vers les Etats-Unis pour travailler et gagner un peu plus d’argent qu’ici. Le passage se fait à l’aide des passeurs nommés Coyote. Tim nous propose de monter avec lui au village pour y passer deux jours, en plus de visiter « Son Village » il nous annonce qu’il y a aussi des plantations de café. Il ne nous en faut pas plus pour conclure le marché.
Au matin nous prenons un bon petit déjeuner chez les parents d’Ita, bananes grillées, galettes, jus de fruits, café. Nous visitons l’incroyable maison où des plantes tropicales surgissent de partout, d’immenses cages occupées par des oiseaux de toute taille. Les yeux et l’estomac remplis nous prenons le bus pour Antigua afin de retrouver notre groupe et partir à l’assaut du volcan. Un petit tour en ville, on casse une graine et à 13 heures nous nous postons devant l’agence et attendons sagement sous la pluie. La pluie cesse et une jeune femme nous rejoint et nous emmène vers une camionnette déjà remplie de touristes qui nous saluent à peine quand nous grimpons. Le guide nous rejoint et nous partons. Une heure de route et nous abordons les flancs du volcan, virages serrés, boue et cailloux. Vingt minutes de ce traitement et nous arrivons à l’entrée du parc. Nous ne sommes pas les seuls, il y a déjà un bon troupeau de touristes prêt à gravir le volcan pour aller se chauffer les mains à la source. A peine nous avons mis le pied à terre qu’une bande de gamins nous alpague pour nous vendre bâton et chamallow. Une fois que le prix du bâton rejoint des prix plus raisonnables nous en achetons deux. Le bâton c’est pour faciliter l’ascension du volcan et les chamallows c’est pour les faire griller au dessus de la lave une fois en haut. Direction la guitoune où nous achetons nos billets Nous croisons comme par hasard, qui ne doit plus en être un, Kalen et Jason qui eux aussi sont de l’aventure. Depuis que nos routes se sont séparés à Panama, cela fait quand même trois fois que nous croisons « par hasard » ce couple anglais avec qui nous avions fait la traversé en bateau de Carthagène au Panama. L’échange est bref car leur groupe part immédiatement ; le nôtre met encore dix bonnes minutes à se mettre en place. Une bonne heure à travers la forêt avec les taxi-naturels qui essayent de motiver les tirs au flanc de notre groupe pour les faire grimper à cheval et ça marche !!!
Les arbres disparaissent, puis la végétation et enfin la terre elle-même, il ne reste maintenant que poussière noire et cailloux. Devant nous une falaise. De son sommet nous pouvons un paysage lunaire, une coulée de lave solidifiée noire mate. Nous voici devant la puissance de la nature. Nous longeons la pente et rejoignons ce magma solide. En quelques minutes nous marchons sur ce qu’il y a encore quelques jours, quelques heures fût du magma. Nous voyons sous la croûte durcie des rivières de lave en fusion qui coulent. Nous sentons la chaleur de la terre qui remonte par nos chaussures, au loin une langue de feu sort de terre ; plus haut une cheminée de magma solidifié qui nous regarde comme le gardien de l’enfer, à peine avons-nous le temps d’arriver à la rivière de magma que la pluie revient, de plus en plus forte ce qui provoque immédiatement au contact de la lave des nuages de vapeur sulfureuse, à cela s’ajoute le vent qui ramène des nuages. Petit à petit notre champ de vision se rétrécit et nous plonge dans un monde parallèle d’où pourrait surgir quelques esprits mayas venus se venger. Mais heureusement notre guide est là pour nous presser et nous arracher aux griffes de notre imagination et nous ramener loin de ces brumes où il serait facile de se perdre et de marcher par mégarde sur une plaque de lave qui pourrait craquer sous nos pas imprudents et nous offrir un aller-simple pour l’enfer. Retour à la réalité pluvieuse. Mes yeux se mettent à me piquer, me gratter. Un des moindres effets délétères de l’enfer et des évaporations sulfureuses du volcan. Rapidement nous retournons jusqu’à notre point de départ pressés par la pluie et la nuit. En bas nous nous changeons rapidement pour remettre quelques vêtements chauds, un des gars de notre groupe offre une tournée de barquette de frites bien chaude, un petit bonheur bien agréable. Nous embarquons encore grelottants dans la camionnette et regagnons Antigua. Là nous attendrons plus d’une heure Ita qui nous ramène à la maison, pour un bon repas et une douche bien chaude.

Demain direction le village de Tim, à deux heures de piste d’ici.

Laetitia et Stan

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