J+254-259 / One dollar

La mer est calme, le ciel est clair. Un trop léger vent gonfle la voile, insuffisant pour que le capitaine coupe le moteur. Petit à petit Carthagène disparaît. Nous passons les dernières bouées. Le soleil s´approche de l´horizon. Quand enfin le soleil touche la mer et enflamme le ciel nous sommes en pleine mer. Nous ne sommes plus qu´une petite coquille de noix perdue dans l´immensité aquatique des Caraïbes. A la demande du capitaine Marco, Laetitia organise les quarts, ils seront de deux heures chacun. Le premier de Laetitia est demain matin de 6 à 8, le mien juste avant de 4 à 6. Après une petite collation qui fera de nous des marins de haute mer et le temps d´admirer les étoiles, tout le monde part dormir excepté celui qui doit assurer son quart.

Avec Laetitia, nous dormons dans l´entrepont, ce n´est pas assez grand pour s´allonger totalement, mais moins bruyant que la cabine adjacente au moteur et moins chaud que celle de proue. Marco, Morgane et les deux colombiennes dorment sur le pont. A quatre heures Éric vient me réveiller, je mets un peu de temps pour émerger, je prends la barre et tente de maintenir le cap à 320 degrés. Une main posée en repère sur la barre permet de rectifier le cap au fur et à mesure que les vagues ou le vent poussent le bateau dans un sens ou dans l´autre. Peu à peu le ciel s´éclaircit, les étoiles s´éteignent les unes après les autres, léger clapotis des vagues pour saluer le levé de sa majesté. Elle se fait attendre, mais on devine sa lumière au dessous de l´horizon. Les nuages viennent voiler sa splendeur, et je devrais encore attendre quelques minutes que sa majesté daigne enlever ses derniers voiles avant d´illuminer l´immensité de la mer et blanchir la grand voile. Brise de côté, soleil dans le dos, cap sur le Panama. Il est 6 heures, les dernières obscurités de la nuit ont disparues, Laetitia passe à la barre et garde le cap à 320.
Petite brise, ronronnement du moteur, légère houle, les heures passent, le capitaine enfile les bières et prudemment nous laisse la barre. Toutes les deux heures un nouveau mousse prend la relève. Cette insignifiante chose que nous sommes au milieu de l’océan maintien son cap plein ouest jusqu’ au couchant et pour fêter le plongeon du soleil dans la mer Caraïbe nous préparons une série de rhums bien tassés.

Tous les membres de l’équipage s’entendent bien et c’est une bonne chose dans un espace aussi réduit. Une nouvelle nuit sous les étoiles et le lendemain à l’ aube des mouettes nous annoncent que la terre du Panama n’est plus loin. Capitaine Marco confirme que dans trois petites heures nous entrerons dans les eaux turquoises de l’archipel de San Blas. Deux heures encore et nous voyons la silhouette des premières îles, léger changement de cap. Les palmiers commencent à se dessiner, l’ eau passe de bleu marine au turquoise. Quelques dauphins curieux viennent nous escorter jusque dans les eaux calmes de l’ archipel. Nous jetons l’ ancre, baissons la grand voile et plongeons les uns après les autres dans l’eau limpide et calme des San Blas. Quelques minutes plus tard des pirogues viennent nous accoster pour nous vendre poissons et langoustes fraîchement péchées pour un très petit prix. Nous partons pour l’ une des trois îles principales. Un insulaire, ami de Marco nous fait visiter l’îlot et nous explique que cet archipel maintient comme il peut son autonomie vis à vis du Panama, que le gouvernement semi indépendant des Kunas, peuple des îles San Blas interdit toute construction hôtelière sur leur territoire et que seuls les voiliers peuvent mouiller dans leurs eaux. Petites maisons de palmes ayant chacune un accès à la mer. Des enfants jouent au basket sur la place, une épicerie avec peu de choses à vendre, quelques stands pour les souvenirs. De retour dans la maison de notre hôte, nous préparons quelques punchs en attendant que les amis de Marco finissent de préparer le repas du soir. La nuit tombe sur l’archipel et enfin les plats arrivent, malheureusement le peu de lumière nous empêche de voir le contenu de nos assiettes. Mais la bouche et tout son équipement gustatif nous font sentir que les poissons sont délicieux, que le riz n’ est pas cuit, que les langoustes préparées par Marco demandent encore quelques minutes avant d’atteindre le fondu nécessaire. Pour les langoustes la deuxième fournée sera la bonne par contre pour le riz ce sera pire que la première à l’image des cuistots qui sont de plus en plus attaqués par le rhum et la marijuana. A la lumière de la lune nous rejoignons le bateau.

Les jours suivants: plage de sable blanc, monté de cocotiers, apnée pour regarder les poissons multicolores, étoiles de mer, poulpes… Nous prenons même un jour de plus pour passer du bon temps grâce à l’absence des douaniers pour nous délivrer notre visa d’entrée. Drôles d’îles que constituent cette merveilleuse archipel. Chez les Kunas, les habitants du secteur tout ce négocie pour un dollar. Tu veux les photographier c’est un dollar par Kuna, tu veux visiter une île pour un dollar par tête, tu veux cueillir une noix de coco c’est un dollar de plus, tu veux boire un coke pareil… la liste est longue et parfois surprenante. Une nouvelle fois nous pouvons constater que ce sont les femmes qui sont les gardiennes des traditions, ce sont toujours elles qui sont en costumes traditionnels tandis que les hommes préfèrent les tongs, le short, le T-shirt, le rhum et les cigarettes…

Après trois jours de ce régime nous sommes prêts pour repartir pour Porto Bello et rejoindre Morgane le mousse qui nous a quitté la veille. Le vent n’est toujours pas revenu et nous allons devoir continuer au moteur, quelle tristesse d’autant plus malheureux que Marco s’aperçoit qu’un fil de pêche s’est enroulé sur l’hélice et a finit par tordre la barre la reliant au moteur. Nous allons donc devoir rentrer à petite vitesse en espérant que le vent viendra gonfler notre voile. Ce ne sera pas le cas, elle faseillera tout le trajet. Nous mettrons près de huit heures avant de rejoindre bon port, alors que Morgane lui n’aura mis qu’une heure à bord d’un bateau à moteur. Nous aurons tout de même passé 6 jours en tout sur ce voilier, dont trois à naviguer.
Marco propose de nous héberger chez lui étant donne l’heure tardive de notre débarquement. Tout le monde est d’accord. Marco charge le pick-up. Avec Slava le russe, Eric l’américain nous sommes dans la benne à humer le bon air et admirer les collines boisées du Panama. Arrivées chez Marco, les deux colombiennes retrouvent leur frère qui s’était exilé quelques mois auparavant pour fuir la Colombie, la came et tenter de refaire sa vie loin du crack et de son père junky. Nous découvrons une maison où vivent un oiseau de proie, un singe-araignée et un sympathique Rotweller. Nous profitons de la soirée pour visiter la bourgade, ancienne ville de commerce au temps de la colonisation espagnole. Nous visitons le fort qui fut construit pour contrer les attaques pirates fréquentes en ce temps là.Le lendemain Marco nous dépose au guichet automatique pour récupérer ses derniers dollars. Nous prenons un taxi avec Éric pour le terminal routier de Colón, les autres sont déposés par Marco. Adieu rapide. Le quartier est pourri et salement fréquenté, heureusement le bus part rapidement pour Panama Ciudad.

Laetitia et Stan

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