J+207-212 / Un opéra au cœur de l´Amazonie

Nous débarquons tous les cinq dans le port, avec nos sacs sur le dos, avec comme toujours pour première mission de trouver un hôtel. Nous commençons par ceux bon marché qui figurent dans nos différents guides mais aucun ne nous convient. Nous sommes dimanche, il est 7h du matin et la ville est calme. Un rabatteur d´hôtel croise notre route et nous propose d´aller voir une pension dans un autre quartier meilleur marché. Pourquoi pas, de toute façon on a tous envie de s´installer rapidement et d´aller prendre une douche et un bon café.L´hôtel ne fera pas non plus l´affaire mais visiblement dans le quartier ce n´est pas ce qui manque. Nous nous séparons en deux groupes et les visitons les uns après les autres. Dans l´un deux, lorsque nous demandons si ils ont des chambres libres on nous demande si c´est pour une heure ou pour la journée ! Ben non, pour la nuit ! On regarde le nom de l´hôtel et on comprend tout : le Cupidon Hôtel… En fait la plupart des établissements du quartier sont du même type. En tout cas, de ce type ou d´un autre, aucun ne convient, pas de lumière, odeurs d´humidité, trop cher… Les deux groupes sont bredouilles et nous décidons que nous allons d´abord prendre un bon petit déjeuner et enfin poser nos sacs. En discutant avec le proprio nous apprenons qu´ils ont aussi des chambres à l´étage. Parfait, nous allons les voir et cette fois c´est la bonne, pas le luxe mais ça nous va. Comme nous prenons trois chambres nous négocions les prix et allons enfin nous installer, c´est la première fois que nous mettons autant de temps pour nous loger. Nous regagnons chacun notre chambre et nous donnons rendez-vous pour un peu plus tard, nous avons tous besoin d´une bonne douche et d´un peu de repos. C´est dimanche après tout.

Un peu requinqués, nous partons avec Julia voir un peu à quoi ressemble cette ville pour laquelle nous avons voyagé plus de quatre jours et traversé la moitié de l´Amazonie. Tout est aussi calme que ce matin, c´est assez étrange de voir aussi peu de circulation et de gens dans les rues mais c´est aussi agréable pour découvrir la ville. Manaus est la plus grande ville de l´Amazonie, fondée en 1669 par les portugais, elle n´était à cette époque qu´un village. Au milieu du XIXème siècle avec le développement de l´automobile et de l´industrie du pneumatique la ville se développe à un rythme frénétique, comme à Iquitos, grâce à l´exploitation de l´hévéa. Le déclin vient après les années 1910 quand le caoutchouc fut planté en Asie à l´initiative des britaniques. La ville déclinera rapidement. En 1957, le gouvernement décide de créer une zone franche pour relancer l´économie et c´est à Manaus que l´on trouve les principales industries d´électroménager, d´électronique… qui approvisionnent le marché national. Aujourd´hui, la ville compte plus d´un million et demi d´habitants et vit aussi beaucoup du tourisme. Il reste encore pas mal d´édifices de l´époque glorieuse, certains en ruines et d´autres encore debout. Nos pas nous mènent au Teatro Amazonas, le premier d´Amérique du sud construit en 1896 et le plus majestueux symbole de l’apogée économique de Manaus. Il dispose de 700 places et a été construit avec des briques apportées d’Europe, des verres français et du marbre italien. Nous sommes un peu déçus par son aspect, un bâtiment d´un rose pas franchement terrible. Par contre la coupole en mosaïque représentant le drapeau brésilien a plus d´allure. Nous pensons qu´aller voir un opéra en pleine Amazonie ça le fait, entrons voir si des représentations sont prévues pour les jours à venir et apprenons que nous tombons en plein festival. Nous choisissons d´assister dans 4 jours à « Ariadne Auf Naxos » un opéra de Richard Strauss. La jeune fille de la billetterie nous demande si nous sommes étudiants pour payer le tarif réduit. Nous sommes flattés mais nous lui expliquons que nous ne pouvons plus bénéficier de ce genre de tarifs depuis bien longtemps. Soit elle ne nous a pas cru, soit elle avait envie de nous faire plaisir, elle a décider de nous en faire profiter quand même et nous a proposé de meilleures places à moitié prix ! Pendant que nous réglons les billets nous regardons les affichettes près du comptoir et lisons que, sans exiger une tenue de soirée, certains vêtements ne sont pas tolérés, les tongs par exemple. Le problème c´est que nous n´avons pas vraiment de tenue adéquate dans nos sacs à dos et les autres chaussures que nous possédons en dehors de nos tongs sont nos chaussures de randos, trop classe pour aller à l´opéra ! La jeune fille nous assure que ça ira très bien tant que ce ne sont pas des tongs en plastique. De toute façon il faudra bien. En sortant nous tombons sur Patricia et Reto et continuons avec eux notre ballade. Nous dînons ensemble dans la rue, repas populaire, bon et pas cher et allons boire quelques bières dans un petit bar sympathique dans le quartier de notre hôtel. Les garçons jouent au billard. Ici il se joue d´une autre façon, en utilisant seulement quatre boules et c´est celui qui entre la dernière qui gagne -quel que soit ce qu´il ait pu faire avant. Tous un peu claqués nous allons nous coucher en espérant que demain la ville sera un peu plus animée.
Patricia, Reto et Julia ne resterons que trois jours à Manaus et nous nous retrouverons le soir pour dîner ensemble. Nous testons un autre repas populaire sur le port. La nourriture est bonne mais les odeurs le sont moins. Le port de Manaus est un lieu commercial très important. De jour comme de nuit, des dockers déchargent de la marchandises et c´est donc un lieu très animé, une halle entière est réservée à la banane, de la plus verte à la plus noire. Nous passons cinq jours à découvrir la ville et ses environs et comme d´habitude nous l´arpentons à pied. Effectivement en dehors du dimanche où la ville est assoupie, en semaine et jusqu´à tard, les rues sont animées par les vendeurs de rues, les passants et les véhicules.
La veille du départ de Julia nous faisons tous les trois une tentative pour aller voir la rencontre des eaux. C´est un phénomène qui se produit à quelques kilomètres de Manaus, l´Amazone rencontre le Rio Negro et comme leurs eaux ont des propriétés et des couleurs différentes elles se suivent sur une centaine de kilomètres avant de finalement se mélanger. Si nous n´étions pas arrivés de nuit sur la ville nous aurions pu les voir du bateau et du coup, munis des infos que Julia a dégoté à l´office du tourisme nous prenons un bus pour un port qu´on lui a indiqué où nous devrions pouvoir prendre un bateau pour pas trop cher. A peine arrivés il se met à pleuvoir mais ce n´est pas ce qui nous embête le plus. Le bus nous a déposé au bon endroit mais il s´agit de l´entrée du parc d´un grand hôtel, ça serait étonnant d´y trouver un bateau pas cher. Nous nous abritons le temps que la pluie s´arrête en nous demandant pourquoi l´office du tourisme nous a envoyé là… Plus nous avançons moins nous comprenons. Encore ce serait nous qui aurions eu ces infos, avec le peu de portugais que nous parlons nous aurions pu nous dire que nous avions mal compris mais Julia parle portugais. Nous arrivons devant l´agence de voyage de l´hôtel et allons nous renseigner. Nous ne sommes absolument pas au bon endroit, bon ça on s´en était un peu rendus compte, mais on est carrément à l´opposé et effectivement d´ici des bateaux partent mais ce n´est vraiment pas dans notre budget, c´est le grand luxe. La rencontre des eaux ce sera donc pour un autre jour et sans Julia qui part demain. Comme dans le parc de l´hôtel il y a un mini zoo nous décidons d´aller y faire un tour en nous disant que c´est toujours ça de pris. A peine avons nous le temps de voir trois bestioles qu´il se met à pleuvoir des cordes. Nous nous précipitons dans l´hôtel pour nous abriter et nous y passerons finalement trois bonnes heures à attendre que la pluie se calme… Après avoir visité tous les endroits où nous pouvions aller nous avons fait un petit billard et une partie de carte. Il fallait bien s´occuper vu qu´on avait pas les moyens pour profiter ni du bar ni des boutiques de l´hôtel. On a été un peu étonnés mais personne ne nous a demandé ce qu´on faisait là et on a pu se balader un peu partout sans problème. La pluie a finie par s´arrêter et on a pu continuer notre visite du zoo avant de reprendre un bus pour le centre ville. Avec tout ça il est bien quatre heures de l´après-midi et on avait pas fait grand chose, on termine la journée par un petit tour avant que le soleil ne se couche. Ce soir Julia va à l´opéra et les quatre autres décidons d´aller dîner dans une Churrascaria pour déguster de la bonne viande à volonté. Nous profitons de l´absence de Julia qui est végétarienne et n´aurait pas apprécié ce genre d´endroit. Pour nous l´opéra c´est le surlendemain. Entre temps nous disons au revoir à nos trois amis qui partent pour d´autres destinations. Nous déciderons finalement de ne pas aller voir cette fameuse rencontre des eaux et profiterons de ces deux journées pour approfondir notre visite de la ville.
Niveau musées, édifices ou expositions nous n´aurons pas beaucoup de chance, ils seront soit fermés pour rénovation soit l´exposition ne commençait que dans quelques jours ou venait de se terminer, bref nous avions l´impression de ne pas être à Manaus au bon moment. Même le marché avait été déplacé depuis peu de la grande halle datant de la belle époque dans les rues adjacentes ! Cela ne nous a pas empêché d´arpenter la ville et de découvrir de sympathiques petits quartiers. La vieille de quitter la ville est le soir de « la grande sortie » pour l´opéra. Nous repassons à l´hôtel pour nous faire tout beau, jean, chaussures de rando et un haut propre, la grande classe et rejoignons le centre ville et le fameux opéra. Sur les conseils de la gentille jeune fille qui nous a vendu les billets nous sommes en avance pour être les premiers dans la loge prévue pour cinq personnes, sinon nous a t-elle dit nous ne verrons pas grand chose. Petit à petit les gens arrivent, très bien habillés pour la plupart mais nous constatons avec soulagement que notre tenue de voyageur ne dénote pas trop. A 20 heures nous entrons dans l´opéra, dans le hall, une maquette en Lego de l´édifice de plus de 30 000 pièces, les ouvreuses nous invitent à rejoindre notre loge. Nous sommes les premiers et en attendant que la représentation ne commence nous avons tout le loisir d´étudier la décoration et d´imaginer les riches familles à notre place au début du siècle dernier. Les musiciens rejoignent la fosse suivis du chef d´orchestre, les lumières s´éteignent, le rideau se lève et les acteurs entrent en scène. L´opéra est en allemand, sur titré en portugais, pas facile à suivre… Nous en sortirons néanmoins ravis, ça nous change un peu de nos soirées à jouer aux cartes dans notre chambre d´hôtel, à écrire les textes pour le blog ou à boire des bières avec les autres voyageurs que nous rencontrons car même les globe-trotteurs peuvent souffrir du quotidien…
Le lendemain soir nous quittons Manaus en bus direction la Colombie via le Venezuela, 24 heures de bus pour rejoindre Ciudad Bolivar et ensuite piquer à l´ouest pour nous rapprocher de la frontière colombienne.

Laetitia et Stan

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Une réflexion au sujet de « J+207-212 / Un opéra au cœur de l´Amazonie »

  1. Anonyme

    Hello,Allez je brise le suspens… Fabie ce n’est pas Fabrice le poilu mais la camarade Fabienne. Alors comme ça on se cultive, l’Opéra déguisés en rangers ?? Cette fois, j’ai lu l’épisode jusqu’au bout ! Vous êtes peut-être à cette heure-ci accrochés à vos sièges sur une route chaotique… A bientôt, des bécots.

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