J+176-179 / 5000 marches pour la cité des nuages

Quand on évoque Cusco on pense bien sûr au Machu Pichu et il était inenvisageable que nous n´y allions pas. Nous n´avons pas eu les moyens de nous offrir le fameux Inca Trail qui relie le Machu Pichu à pied en 4 jours en passant par d´anciens chemins incas, franchissant des cols à 4000 m d´altitude mais nous avons trouvé un autre trek de 4 jours et 3 nuits à un tarif raisonnable (tout est compris, les déplacements, l´hébergement, les repas et surtout l´entrée du Machu Pichu qui n´est pas donnée) et dont le parcours nous intéresse. Après avoir consulté plusieurs agences – toutes ne sont pas sérieuses – nous concluons avec l´une d´elle, départ prévu le lendemain 7 h. Au programme, 60 Km à vélo – heureusement c´est de la descente -, deux jours de marche et enfin une journée au Machu Pichu.Après avoir attendu plus d´une heure que l´on vienne nous chercher nous faisons connaissance avec le groupe de neuf personnes, plusieurs nationalités : deux colombiens, un américain, une hollandaise, une suédoise et quatre français plus le guide qui s´appelle Washington. Après quatre ou cinq heures de route pendant lesquels nous faisons connaissance, nous voici en haut d´un col. Après un rapide déjeuner en bord de route, nous enfourchons nos vélos. Maintenant, ce col il va falloir le descendre pour rejoindre la petite ville de Santa Maria. A peine nous commençons à rouler qu´il se met à pleuvoir, et pas qu´un peu, nous avons tout de même réussi à protéger le haut avec nos coupe-vent mais pour le reste nous sommes imbibés ! La descente ne présente pas de difficultés mais l´état des vélos est plus que limite. Le vélo du guide n´a pas de freins, le colombien père une des pédales, une chaîne casse et nous mettons beaucoup plus de temps que prévu parce qu´il faut nous arrêter souvent pour réparer. Nous mettons au moins six heures pour rejoindre le village bien contents de trouver une douche chaude.

Le lendemain, après une bonne nuit, nous partons pour une longue journée de marche. Toutes nos affaires n´ont pas eu le temps de sécher pendant la nuit, surtout les chaussures et les chaussettes mais cette fois-ci la pluie s´arrête quand nous partons. Nous empruntons d´anciens chemins incas dont certains étroits et à flan de montagne et nous passons par des endroits magnifiques. La région est superbe et en plus il y a du café ! De petites plantations bordent les chemins et plus nous montons plus il y en a. Mais nous ne sommes pas les seuls que le café intéresse, nous apprenons que Rafael, le colombien, est directeur d´une société de tri de café notamment pour l´exportation ! Il nous parle longuement du café colombien pendant que nous marchons, du coup on a plein d´infos avant même d´y être, en Colombie ! Nous arrivons dans une petite ferme où nous nous arrêtons pour une pause bien méritée. La gérante, la señora Justinia produit du café et nous fait goûter son dernier cru. Il est bon et surtout meilleur que le café instantané que nous bu ce matin et la plupart du temps depuis que nous sommes sur ce continent. Nous lui achetons quelques grains verts c´est à dire non torréfiés pour les ramener et compléter notre collection des cafés du monde. Elle nous explique comment elle travaille et aura avec Rafael une longue discussion, la rencontre de deux univers, le gros exportateur colombien et le petit producteur péruvien.

Nous sommes maintenant prêts à repartir, le chemin est encore long jusqu´à Santa Teresa notre prochaine étape. Nous marchons encore une bonne partie de la journée mais les chemins ne montent pas trop, nous suivons la cadence et plutôt bien même. Après plusieurs semaines à plus de 3500 mètres d´altitude sur l`Altiplano bolivien et péruvien, maintenant que nous sommes à moins de 2500 mètres, nous marchons tranquille, comme sur du plat même en côte ! A cette altitude la température est bien plus élevée, il fait même chaud et après le froid de l´Altiplano ça fait du bien. Notre périple de la journée se terminera par une baignade dans une source d´eau chaude, un petit complexe au milieu de nul part avec des bassins de recueillements pour les eaux chaudes qui sortent des flancs de la montagne. Nous restons une bonne heure à mijoter dans ces eaux avant de rejoindre l´hôtel en bus. Après cette journée on est tous un peu fatigués mais on décide quand même d´aller boire un verre. C´est vrai quoi on n´est pas des vieux et on ne va quand même pas aller se coucher à 21 h. C´est ce que certains font mais un petit groupe se retrouve dans le seul bar un peu animé de la ville à boire des pisco sour. C´est un cocktail péruvien, un alcool de raisin, de jus de citron, de sucre de canne et de blancs d´œufs montés en neige. Après que chacun ait payé sa tournée nous décidons d´aller tester la piste de « danse » de la discothèque locale. Nous arrivons dans un endroit à la décoration assez étrange. Un des murs est recouvert de boites d´œufs et un autre d´une peau de bête difficile à identifier. Nous boirons quelques bières en dansant sur les rythmes péruviens à la mode. Étant les derniers clients, nous sentons que la propriétaire et le DJ ont des projets plus intéressants pour le reste de la nuit, comme eux nous partons nous coucher. Le lendemain nous nous retrouvons dans le même restaurant que la veille pour y prendre notre petit-déjeuner. Réveillés et l´estomac plein nous partons pour notre dernier jour de marche, direction la cité perdue. Le village de Santa Maria est situé en hauteur, depuis que l´ancien ait été submergé par les eaux en crue du fleuve il y a quelques années ; nous en voyons les ruines en rejoignant la rivière pour traverser le fleuve.

Traversée peu ordinaire, assis dans un caisse suspendue à un filin 8 mètres au-dessus du fleuve démonté en cette saison par les eaux affluant de tous les versants des montagnes avoisinantes. La ballade est moins intéressante parce que nous longeons le fleuve sur un chemin de terre mais les paysages n´en restent pas moins magnifiques. A la mi-journée nous atteignons l´entrée du Parc National du Machu Pichu mais le site lui-même est encore loin. Nous nous arrêtons pour déjeuner et attaquons ensuite la dernière partie qui sera aussi la moins plaisante. Il n´y a pas de chemin et nous avons du longer la voie ferrée ou plutôt marcher entre les rails pendant trois ou quatre heures. Du coup, pas facile de regarder les paysages, nous devons garder l´œil où nous posons les pieds pour ne pas se gaufrer sur les cailloux. Pas facile mais en fin de journée nous arrivons enfin à Aguas Calientes, la ville la plus proche du Machu Pichu. C´est là que nous passerons la nuit et que nous partirons demain matin à l´aube pour découvrir enfin le site. Nous passons une dernière soirée ensemble, nous sommes tous un peu crevés mais contents de ces trois jours et nous avons tous hâte de voir à quoi ressemble le site ; Washington (le guide) nous explique le programme du lendemain. Pour commencer, il va falloir monter jusqu´au Machu Pichu, deux solutions, un bus par une route en lacet qui gravit la montagne où à pied par les 1700 marches des escaliers qui coupent chaque virage. Dans tous les cas ce sera à l´aube pour arriver parmi les premiers. Nous ne sommes que quatre à décider de monter à pied, Rafael, Ana Lucia et nous deux. Au moins on pourra dire qu´on aura atteint le Machu Pichu sans aide extérieure ! Le guide lui ne nous accompagnera pas et nous confie à un collègue qui nous fera la visite du site pendant deux heures demain. Les quatre courageux ont rendez-vous à 4h30, c´est qu´il faut un peu de temps pour les gravir ces 1700 marches, pour les autres vu qu´il ne faut que 15 minutes pour monter en bus ils pourront dormir un peu plus. Nous devons tous nous retrouver là-haut avec le guide vers 6h.

Le début de l´ascension se fait à la lampe, petit à petit le jour se lève et nous découvrons le paysage. Rien d´étonnant à ce que l´on appelle les gens de la région « le peuple des nuages ». Les montagnes sont nimbées de brume et cela rend l´atmosphère encore plus mystérieuse. Le Machu Pichu qui est resté caché et ignoré pendant toutes ces années ne se dévoilera qu´au dernier moment. A chaque volée de marche nous nous attendons à le voir mais non, il nous faut encore faire un effort. Au bout d´une heure et demi, enfin les premières maisons qui bordent le site apparaissent. Ca y est, nous y sommes enfin. A cette heure-ci, il n´y a pas encore beaucoup de monde et nous aurons la chance d´être parmi les premiers à entrer. C´est impressionnant, la lumière à cette heure est féerique et avec le site presque vide de touristes on se sentirait presque revenu 500 ans en arrière. Le guide passe deux heures à nous expliquer l´histoire de ce lieu magique. Construite autour de deux pics, le Machu Pichu (Vieux Pic) à 3 140 mètres et le Waynapicchu (Jeune Pic) à 2 700 m, la cité est perchée à 2400 mètres d´altitude et aurait été construite au XVème siècle par l’empereur Pachuatec. Abandonnée un siècle plus tard à l’arrivée des conquistadors espagnols, elle fut redécouverte seulement en 1911 par Hiram Bingham, un historien américain qui y trouve plus de 260 constructions très élaborées et partiellement recouvertes par la jungle. Il y aurait encore beaucoup de choses à raconter, aussi pour ceux que ça intéresse, http://fr.wikipedia.org/wiki/Machu_Picchu vous donnera plus de détails. Après ces deux heures de premier contact avec le site nous avons quartier libre jusqu´à 16 heures pour l´explorer. Nous sommes quelques uns à décider de gravir le Waynapicchu (le site est limité à 400 visiteurs par jour) qui nous permettra d´avoir une vue plongeante sur le Machu Pichu, et encore pas loin de 1000 marches à gravir… Mais ça valait le coup, d´ici la vue est impressionnante et unique. Nous y resterons un long moment à la contempler, d´ici le site ressemble à une maquette. 1000 autres marches pour redescendre et nous pouvons maintenant nous balader entre et dans les maisons, sur les terrasses qui servaient aux cultures, près des temples et explorer les moindres recoins. Il y a maintenant beaucoup plus de monde et le lieu a un peu perdu de sa magie. Il est maintenant temps de redescendre à Aguas Calientes et nous serons les seuls à le faire par les escaliers. Il pleut à verse et le bus aurait sûrement été la meilleure option mais d´une part son prix est plutôt élevé et nous nous disons que puisque nous sommes montés à pied ce serait idiot de descendre en bus. Encore 1700 marches qui nous font donc 5000 pour la journée, pas mal, même pour des gens comme nous qui ont l´habitude de monter et descendre 7 étages à pied tous les jours, qui ne font que 120 marches ! Nous arrivons trempés mais contents de la journée même si nous ne pouvons nous empêcher de penser que la société qui gère le Machu Pichu pratique du vol organisé et légalisé. Je parle d´une société parce que c´est une entreprise pétrolière qui détient en majorité le site et l´exploite, ce n´est pas l´état qui en est le gestionnaire. Visiter le Machu Pichu coûte cher si on prend l´itinéraire classique. Pour l´aller-retour en train depuis Cusco il faut conter 60 euros, le bus pour monter au site c´est 4 euros (ça parait peu mais au Pérou c´est le prix pour un dîner pour deux), ensuite il faut débourser 30 euros pour entrer sur le site, et je ne parle même pas du prix de la nourriture ou des boissons sur place (une bouteille d´eau coûte 10 fois le prix normal !), soit au moins 100 euros par personne. De plus l´affluence des touristes toujours plus nombreux pose un gros problème écologique quant à la stabilité du sol, un glissement de terrain met le site en danger. Pourtant un projet est en préparation, qui prévoit la construction d’un énorme complexe touristique de six étages comprenant, entre autres, un terminal pour le téléphérique, des boutiques de souvenirs, des restaurants et un hôtel. On prévoit aussi l’ouverture de boîtes de nuit et d’un casino ! Pour cela la compagnie pétrolière doit racheter les terrains qui sont encore, mais pour combien de temps, la propriété de quelques péruviens qui ne veulent pas vendre et subissent la pression de cette société. De nombreuses manifestations et grèves ont lieu à Cusco contre la privatisation totale du site.

Ça y est, notre treck au Machu Pichu se termine et nous rentrons à Cusco après 4 jours à en prendre plein la vue. Le retour est prévu moitié en train et moitié en bus (beaucoup moins cher) mais nous ne verrons pas grand-chose des paysages d´une part parce qu´il commence à faire nuit mais surtout parce que nous nous sommes endormis à peine installés dans le train ! Avant de nous dire au revoir, Rafael et Ana Lucia nous invitent à passer les voir chez eux à Ibagué, en plein cœur de la Colombie dans une des régions caféière du pays. La Colombie fait partie de nos destinations et nous acceptons volontiers l´invitation et nous nous donnons rendez-vous dans moins d´un mois.

Laetitia et Stan

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5 réflexions au sujet de « J+176-179 / 5000 marches pour la cité des nuages »

  1. Dernier Couché

    Salut les Gringos !Stan : tu fera pas gaffe, t’as un truc sur le nez. Pas grave. C’est beau. Fait beau. Vous êtes beaux. Allez, je vous paye le coup.Thé ou vodka-piment ? C’est au choix. C’est au chaud ou c’est au froid. C’est pour moi je vous dis ! Faudra vous habituer, y’en a des tournes qui vois attendent !D’ici là, bonnes routes torréfiés : Seb

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