J+125-130 / A Rio, fait pas chaud, fait pas beau…

Dans le bus depuis plus de 5 heures, encore à 700 mètres d´altitude nous voyons Rio de Janeiro apparaître en contre bas, une immense ville de plus de 12 millions d´âmes. Nous amorçons la descente, puis nous abordons la zone urbaine de Rio, entrepôts, motels où les cariocas passent du bon temps à l´abris des regards indiscrets, barres d´habitations, collines où s´accrochent les favelas, échangeurs autoroutiers. Nous abordons la zone portuaire où derrières les hangars nous voyons le sommet des immenses ferries, cargos et autres monstres marins des temps modernes. Le car entre dans la rodoviara, plus de 80 portes, 4 terminaux, des centaines de bus qui se croisent venant ou partant pour différentes cités du Brésil ou d´autres capitales d´Amérique du Sud. Nous récupérons nos sacs á dos, Ana-Maria toute souriante nous attend sur le quai, immédiatement nous prenons un taxi direction le quartier de Laranjeiras où se trouve son appartement près de Rio Sul en plein coeur de cette géante urbaine. Ana-Maria nous souhaite la bienvenue dans ce qu´elle appelle sa favela verticale : 16 étages où se répartissent sur chaque palier près de 70 appartements. Nous sommes au 8ème étage, de la fenêtre nous pouvons admirer le Corcovado, le fameux Christ Rédempteur quand il ne se cache pas derrière son linceul nuageux.

Pendant deux jours Ana nous fait découvrir la cité de son enfance, d´abord l´épicier d´en face, la boulangerie, l´église où elle a été baptisée, l´école où allait Paula.. Puis nous agrandissons le cercle, nous prenons le bus direction Leblon, quartier chic de Rio Sul, pour y arriver nous traversons de part en part une des collines boisée de Rio, celle du Corcovado, par l´un des nombreux tunnels qui permettent de se rendre d´un quartier à un autre sans avoir à gravir les collines. Le temps est pluvieux, nous longeons les plages désertes de Leblon et Ipanema, nous ne trouvons aucune trace des jolies cariocas en bikini au bronzage doré. Les seuls personnes qui ne désertent pas la plage ce sont les surfeurs à la pointe nord d´Ipanema où se forment les vagues. Nous abandonnons le sable et retournons vers le bitume, goûtons des sucos – jus de fruits frais – en étant heureux d´enfin pouvoir arpenter cette cité avec nos Havainas que nous traînons depuis la France, via le Yemen, la Corne de l´Afrique et Madagascar, elles en font flipflop tellement leur bonheur de retourner au pays est grand. Du macadam, des caisses, de la pollution, des nuages gris, des graffitis, des immeubles avec plein de magasins pour faire craquer la CB, du bonheur après quatre mois d´abstinence.

Le lendemain direction le Centro et ses immenses buildings aux pieds desquels on trouve encore des rues pavées et quelques petits immeubles datant du début du siècle dernier. Non loin de là, le Mercado qui rappelle celui d´Addis Abeba par sa taille et ce que l´on y trouve. Sauf que en ce moment il y a en plus tous les accessoires pour se déguiser, lancer des cotillons et des confettis. La Carnaval approche, cela devient de plus en plus palpable un événement dans la vie d´un Carioca presque aussi important qu´un match au stade de Maracanã entre le Flamengo et le Botafogo. Nous quittons les petites boutiques du Mercado, rapidement nous passons par le quartier de Lapa pour rejoindre la petite gare du Bonde de Santa Theresa, dernier vestige des tramways de Rio. L´unique wagon est déjà ras la gueule avant même de sortir de gare, étant donné son grand âge il peine à en sortir et aborde le viaduc qui domine Lapa tant bien que mal, dès son premier arrêt peu de personnes descendent, beaucoup montent, elles s´accrochent au wagon comme des naufragés à un vieux bois flottant. En abordant la colline, le « Bonde » peine de plus en plus, à chaque redémarrage les gamins accrochés à son côté exécutent des pas de danse. Nous passons les vendeurs de babioles, puis une favela, enfin nous arrivons au sommet de la colline, et nous redescendons par l´autre versant via la rue Alice pour revenir à l´appartement, en chemin nous voyons une des 700 favelas de Rio. De retour nous buvons une petite bière Skol puis nous accompagnons Ana qui doit rentrer sur Buzios, une petite ville plus au nord au bord de la mer. Nous voilà seuls dans Rio… Nous décidons d´explorer la ville encore deux-trois jours et de partir sur les traces du café Brésilien dans le Minas-Gérais qui est le plus gros état producteur de café du Brésil qui est lui-même le plus gros producteur de café arabica au monde. Nous reviendrons pour le Carnaval, impossible de manquer cela, surtout que nous venons de suivre le Bloco « Gigantes da Lira » dans le quartier qui profite de ce dernier samedi avant la grande orgie pour affiner leur défilé, musique, costume et samba avant la grande messe populaire qui s´ouvrira vendredi prochain.

Après avoir bu une ou deux bières en singeant comme nous pouvions quelques pas de samba nous continuons à errer dans la ville en prenant la direction du quartier de Lapa, qui est le quartier alternatif de Rio, en tout cas pour l´œil de touriste que nous avons ; peut-être les cariocas nous contrediraient la dessus. En chemin nous admirons les innombrables graffitis, tous plus beaux les uns que les autres, qui décorent la ville ; nous croisons les revendeurs du jeu de la bête, qui est la loterie clandestine dirigée par les parrains de la ville et qui sert en partie à financer pour moitié les écoles de samba tel le « Beja Flore » ou le « Grande Rio » qui défilent dans le Sambodromo lors du carnaval. L´autre moitié est financée par la municipalité. En chemin nous faisons une petite pause café et achetons le journal où nous lisons en première page que la police a tué 8 « suspects » lors d´une descente dans l´une des favelas de la ville. Les brigades de la mort rôdent encore, soyons rassuré la justice règne. La misère de ce pays est différente que celle que nous avons pu croiser en Afrique, mais elle est là. Revendeurs à la sauvette de bonbons, cacahuètes… jeunes et moins jeunes ramassant les canettes vides, sans parler de ceux qui ne se donnent même plus la peine de faire des petits boulots et tendent la main à ceux qui voudront bien les voir et ne pas les ignorer ; l´autre face de la misère est celle qui poussent les gamins à prendre les armes pour aller braquer les bus, les maisons, les passants pour une poignée de reais et s´envoyer le bénéfice du larcin dans le nez et finir sous les balles d´un gang adverse où d´une police corrompue et au mieux en prison.

Nous arrivons dans le quartier de Lapa à la recherche d´un petit concert, mais la pluie nous démotive un peu. Nous nous contenterons de boire quelques bières en regardant un festival de courta-métragea cariocaa sous le viaduc avant de plier bagages et rentrer à pied car les bus et les métros ont fini leur office. Un matin où Laetitia roupille encore, je pars en promenade dans le quartier, histoire de me dégourdir les jambes en explorant les collines alentours. L´ambiance change radicalement, petites maisons, des personnes assises sur leurs perrons à discuter, pas de voiture, derrière les maisons le parc botanique d´où domine le Corcovado. De déambulation en déambulation je finis par arriver au stade du quartier et j´entame une conversation avec le gardien du stade, pas celui de l´équipe. A force de ne pas se comprendre j´arrive a comprendre qu´il soutient le Flamengo. Sur ce arrive une jolie pépée plus que cuite, il n´est pas encore 9 heures. Elle parle anglais ce qui facilite la conversation, elle se présente comme le miss du bloco « Gigantes da Lira » de l´an dernier et aussitôt elle le prouve en enlevant son pull ! C´est sûr c’est un peu troublant de se retrouver avec une jolie fille en tenue de carnaval, montrant tous les attraits de sa féminité tout en restant décente bien entendu. La conversation continue, la demoiselle devient de plus en plus entreprenante…numéro, adresse, poliment je m´éclipse et laisse cette créature du diable pour rejoindre mon ange qui doit encore planer au pays d´Orfeu Negro…

Demain soir nous prenons le bus pour Ouro-Preto à une dizaine d´heures au nord, départ prévu pour 23 heures, nous aurons donc le temps de nous rendre en fin d´après-midi au stade Maracanãpour voir jouer le Flamengo. La journée commence parfaitement nous visitons le musée des civilisations amazoniennes, nous avons la chance avec nous : le musée est gratuit le dimanche, ce qui nous arrange bien car étant donné le coup de la vie très proche de celui de l´Europe notre budget journalier est quotidiennement largement dépassé. La visite achevée nous prenons le métro pour nous rendre au stade, nous y croisons les premiers supporters aux couleurs du Flamengo, rouge et noir. A l´approche du stade nous voyons la masse de supporters grossir petit à petit, les revendeurs de bières, de maillots, de drapeaux…enfin nous débouchons sur le stade, il y a du monde mais pas autant que nous pensions. Après nous être renseignés, les places sont un peu plus chères que ce que nous croyons, et elles ne sont pas gratuites à la seconde mi-temps comme l´indiquait le guide ; nous hésitons, le temps de notre hésitation quelqu´un nous indique que le match ne commence pas à 17h00, mais à 18h30. Nous ne verrons donc pas le Flamengo jouer dans le temple du « futebol » brésilien car nous devons prendre notre bus pour Ouro Preto ce soir -vu le prix des billets ce serait mieux de ne pas louper le départ- dommage, car de plus en plus de supporters arrivent et la température commence à monter. La mort dans l´âme nous faisons demi-tour et retournons dans notre favela verticale pour préparer nos bagages.

Laetitia et Stan

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