J+98-101 / Au pays des pousse-pousses et des pirogues

P1010702L´heure de quitter Tolongoina est venue, direction Manakara sur la côte est et terminus de la ligne de chemin de fer. Un dernier regard vers les montagnes et nous prenons le chemin de la gare. Nous croisons le Général et Mariette venus au village pour la veillée du corps du défunt, un jeune homme qui a eu un accident de voiture sur l´une des routes les plus dangereuses de Madagascar qui va de Tamatave à Tananarive, les camions venant du port le plus important de l´île roulent à tombeau ouvert en direction de la capitale pour livrer leurs diverses marchandises. La sinuosité de cette route explique le très grand nombre d´accidents sur ce trajet. A Madagascar, lorsqu´un décès survient dans un village, tout les habitants participent à la veillée funèbre qui peut durer plusieurs jours. Nous remettons à Mariette une enveloppe à l´attention de Jean-Baptiste en remerciement de son aide et repartons pour la gare. Nous n´avons pas longtemps à attendre avant que le petit train des montagnes entre en gare. Il n’y a pas beaucoup de monde et nous trouvons facilement une place pour nous asseoir.

Le voyage se passe à merveille, il y a même un service glacière avec jus naturels et yaourts. Plantations de riz aux creux des montagnes, forêt à perte de vue mais nous pouvons y voir de nombreuses parcelles brûlées par les paysans pour cultiver le manioc. Le rendement est bon pendant quelques années puis décroît très rapidement, la friche laissée sur ces collines n´intéresse même pas les zébus, de plus elle est rapidement dévastée par les pluies torrentielles lors de la saison des pluies ce qui laisse présager des déserts à venir dans cette région du monde. En discutant un peu avec les gens nous apprendrons que ce n´est pas le seul facteur de déforestation. Il y a aussi l´action du président qui brade sa forêt aux pays riches, Europe, Etats-Unis et bien entendu la Chine, ce nouveau super-prédateur de ressources naturelles, tout cela pour quelques marchés plus ou moins juteux. Cette absence de gestion forestière est un fléau dévastant la forêt et qui menace l´économie du pays sur le long terme, fin de cette parenthèse politico-écologique. Le train peut continuer tranquillement. Petits arrêts dans les villages, passages de tunnels, le tout baigné de la lumière généreuse du soleil. Petit à petit les montagnes disparaissent et laissent place au relief plat de la côte est.

Il est 15 heures, le train s´immobilise, nous sommes à destination. Tout juste le temps de mettre les pieds en dehors de la gare que les pousse-pousses se précipitent sur nous pour nous charger jusqu´à l´hôtel de notre choix, nous décidons de faire le chemin à pied. Nous nous installons « Aux Flamboyants » un petit hôtel tenu par Lionel, un vazaha, ancien entraîneur de boxe installé sur l´île depuis une dizaine d´années. Très rapidement nous sympathisons avec ce bonhomme très prolixe en paroles et anecdotes sur son ancien boulot, la culture japonaise et la politique malgache.
Nous prenons contact avec un guide régional que nous conseille Lionel : Musa. Rendez-vous est pris pour le lendemain matin pour pagayer sur une petite portion du canal des Panganales. Ce canal de plus de 600 km qui longe l´océan aménagé durant la colonisation, servait pour le transports des biens le long de la côte est quand la saison des cyclones rendait trop difficile la circulation par voie de mer ; mais faute d´entretien, depuis plusieurs dizaines d´années sa fonction commerciale a disparue. Le soir nous irons déguster de la langouste à un prix défiant toute concurrence dans un petit restaurant tenu par une des nombreuses jeunes malgaches qui ont trouvé l´amour dans le porte-monnaie de vazaha quinquagénaires tombés amoureux de cette île aux charmes innombrables.

Le lendemain huit heures, deux pousse-pousses nous attendent pour nous emmener au point de départ des pirogues. Drôle de sensation que d´être transportés par des hommes suant et la plupart du temps courant pieds nus et tout cela pour un salaire de misère ; nous devons mettre de côté notre ressentiment quant à leur situation et comprendre que c´est pour nourrir leur famille que ces hommes transpirent. Arrivés à bon port, nous retrouvons Musa et ses deux piroguiers et partons pagayer gaiement sur le canal. Quelques minutes plus tard nous nous arrêtons dans le village de pêcheurs où habite Musa et son jeune fils nous rejoint avec un poulet bien vivant dans le cas où nous ne trouverions pas de poissons à acheter pour le déjeuner. Trois heures de rame plus loin nous débarquons sur la berge du canal, nous nous rendons dans un village et les étales sont pleins, il y a même de petits requins ; mais c´est sans doute trop cher et Musa préfère prendre un gros poisson-chat, plusieurs poignées de crevettes et un fond de Tokagasy, un rhum des plus illégal puisque son degré d´alcool dépasse largement les 70…nous ajoutons quelques noix de coco et repartons à pied pour la réserve des lémuriens. Pendant une heure nous usons nos tongs sur la piste. La réserve est un peu loin de ce que nous imaginions : nous sommes dans un immense hôtel sans client, tenu par une riche famille chinoise de Manakara qui pour agrémenter leur parc y ont ajouté un mini-zoo. Petite anecdote, dans ce lieu il est interdit -« fadhi » en malgache- de porter du rouge -en souvenir de la guerre d´indépendance qui donna lieu à une bataille des plus sanglantes sur ce bout de plage- et de manger du porc par respect pour l´ancien propriétaire sans doute. Malgré le contexte nous apprécions ces jolis petits lémuriens mais tout cela manque un peu d´exotisme. Un bon repas, du bon rhum et nous repartons sur le canal où nous pouvons admirer les oiseaux : hérons, cardinaux, martin-pêcheurs, coucous malgaches, aigrettes…Une belle promenade au rythme paisible de la pirogue que nous finirons en amoureux en admirant le couché de soleil en se délectant de jus naturels, avant de s´attarder sur une superbe entrecôte de zébu dans une petite guinguette de bord de fleuve.

Le lendemain nous récidivons, toujours avec Musa pour guide, avec trois passagers supplémentaires en la personne du consul honoraire des Seychelles, sa femme et leur fille. Cette fois nous prenons la direction du sud du canal. Hier nous avions aidé pour ramer mais aujourd´hui nos petits muscles de vazahas sont trop courbaturés, nous nous contenterons de regarder le paysage. Au programme le Trou du commissaire, seul endroit ou l´on peut se baigner sans crainte dans la région puisque il est protégé des requins par une petite barrière de corail. Nous déjeunons sur une assiette géante constituée d´une feuille de l´arbre du voyageur, s´en suit une bonne sieste à l´ombre des cocotiers. Sur le trajet du retour nous visitons une plantation de vanille à l´agonie en raison du manque cruel de pluie. Au passage Musa et son frère nous montrerons différentes plantes médicinales que beaucoup de malgaches de la région utilisent encore, ce qui leur permet d´économiser le coût des médicaments qui restent très chers pour une grande partie de la population. Nous verrons aussi un plant de café solitaire, il est un peu chétif, à l´image de l´économie caféière de l´île.

De retour sur la terre ferme le consul nous dépose à la gare routière où nous réservons nos places pour le lendemain pour Antsirabe, malheureusement il n´y a qu´un trajet journalier qui part à 16 heures avec une arrivée prévue à 4 heures du mat. Le soir nous retournons déjeuner « Chez Tina » à la lumière des chandelles car comme tous les soirs il y a coupure d´électricité sur Manakara, pour des raisons qui prêtent à débat chez les locaux. Le patron nous offre le digestif, un petit rhum arrangé au quat des plus fameux qui nous aidera à nous endormir comme deux souches après ces deux jours de pirogues bien sympathiques. Le lendemain petit bavardage avec Lionel et Philippe, un autre client de l´hôtel qui connaît bien Madagascar, nous leur faisons goûter le café éthiopien d´Harrar, une autre qualité que le Robusta local torréfié façon « ça va comme ça vient ». Seul petit bémol, c´est que l´eau du robinet, tirée du fleuve, est salée à cause du manque de pluie, et le café salé c´est pas terrible. En début d´après-midi nous prenons la direction de la gare routière à bord de nos pousse-pousses. Un dernier regard à cette plate bourgade. Une heure plus tard nous sommes projetés sur les routes à fond les manettes direction le nord. Impossible de fermer l´oeil dans ce cercueil roulant, tanguant, hurlant et crissant. Deux heures du matin nous sommes déposés à Antsirabe, deux heures plus tôt que prévu. Pas le tant de souffler qu´une bande de pousse-pousses se précipite sur nous. « moi c´est Jean, numéro 4 » « Baptiste, numéro 12, bon prix » « Roberto, numéro 5, bon prix » « Pousse-pousse numéro 8, chez Billy » « Chez Billy » résonne dans nos petites têtes saturées par tous ces gens qui veulent absolument que l´on monte à bord de leur pousse-pousse. A Manakara, Philippe nous avait aussi parlé de cet hôtel ; alors puisqu´il faut en choisir un ce sera celui-là. Petite discussion sur le prix du trajet et nous embarquons avec le 8 et le 11. Un quart d´heure plus tard les pousse-pousses réveillent le gardien, qui réveille un autre gars à l´intérieur et nous voilà dans un bon lit dans une des villes les plus froides de Madagascar, Antsirabe la Vichy malgache. Après demain nous serons en 2008.

Laetitia et Stan

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