J + 90-94 / Qui voudra des vazahas pour Noël ?

Dans une dizaine de jours c’est Noël. Nous sommes en T-shirt, les tongs battent le bitume de la capitale ; nous déambulons dans les rues au gré du soleil et des averses. Découverte des marchés, des gargotes, d’un restaurant en bord de rizières, des quincailleries malgaches ; mais aussi la rencontre de différents membres de la famille de mon ami Dinh et Dieu seul connaît l’importance de la famille à Madagascar ! Au programme pour ces premiers jours : dégustation des produits gashs : yaourts frais, poulet, tilapia (un poisson d’eau douce), jus naturels, moufgasi (des gâteaux à base de farine de riz), litchis (en comparaison, ceux que l’on mange en France n’ont rien à voir) , mi-sao (un plat d’origine asiatique), steaks de zébu, le bonheur du palais. Après trois mois d’ascèse alimentaire imaginez le bonheur que nous avons pu éprouver à notre premier coup de fourchette. La Rue de Tana est très vivante, ça se bouscule entre piétons, voitures et marchés improvisés dès qu’un bout de trottoir est libre. Comme sur le continent la misère est très présente, beaucoup d’enfants et de femmes avec leur bébé mendient quelques Ariary la monnaie locale, nourriture, stylos, cahiers, bonbons. A coté de cette mendicité beaucoup de gens subsistent de petits boulots, vente de tabac de contrebande, borne téléphonique, revendeur de briquets, voitures miniatures et autres babioles « Made in China », cordonniers et cireurs de chaussures. Un autre élément important de la rue tananarivienne ce sont les taxis pour la plus part des 4L ou des 2CV, parfois de vieilles Peugeot 203 de couleur beige pour les officiels. La nuit le paysage change, des rues mal éclairées, peu de monde à part quelques badauds à la démarche plus ou moins sûre, parfois des filles faisant des allers et venus de façon suggestive, quelques flics qui contrôlent le vazaha espérant lui soutirer quelques thunes dans le cas où celui-ci aurait eu le malheur d’oublier son passeport à l’hôtel…heureusement nous l’avions avec nous.

Pendant quelques jours nous prenons la température de la ville, nous rencontrons quelques membres de la famille de Dinh. Philibert, un des oncles de Dinh que nous connaissons de la métropole et qui vient préparer sa retraite à Madagascar avec sa femme Clémentine, nous aidera à organiser la suite de notre séjour. Il nous prépare notre rencontre avec son ami le Général dans la région sud-est où se trouve un autre oncle qui tient une plantation de café. Il nous accompagnera jusqu’à la station de taxi-brousse pour acheter notre ticket. A peine a-t-il mis les pieds dans la station qu’une nuée de rabatteurs l’entoure pour essayer de l’attirer vers leur coopérative de mini-bus, mais tonton Toubib connaît son histoire et ne s’en laisse pas compter et va directement à la coopérative de son choix. Quelques minutes plus tard nous avons notre ticket pour Fianarantsoa, ville où nous devrons prendre le train pour Tolongoina. De là, il nous faudra prendre contact avec le propriétaire d’une gargote qui enverra un émissaire dans le village du Général qui habite dans un petit village perdu dans la montagne à 15 kilomètres de là. Ayez en tête que ces villages se situent dans la forêt primaire de l’est de Madagascar qu’il n’y a ni électricité, ni eau courante et que nous sommes en saison des pluies ; l’autre moyen d’y accéder sont des pistes qui ne sont pas toujours dans leur plus bel état en cette saison.

Le lendemain un petit déjeuner rapide dans un boui-boui de bord de route et nous embarquons dans taxi 4L direction la station de taxi-brousse au sud de Tana. La ville est prise dans les embouteillages et notre taxi, comme tous ses collègues, coupe le moteur à chaque arrêt même si ça ne doit durer que quelques secondes. Il faudra trois bonnes heures avant que notre taxi-brousse décolle enfin de Tana sous une pluie torrentielle. Sorti des embouteillage de la ville le chauffeur met le pied au plancher, enchaîne les clopes et les appels de phares, les virages se succèdent au son des crissements de pneus qui laissent une douce odeur de gomme dans le mini-bus, Espérons que l’un d’eux n’éclatera pas en route. Heureusement ce ne sera pas le cas et une heure après le levé du soleil nous sommes arrivés à destination. Sans perdre de temps nous nous rendons à la gare où déjà une bonne centaine de personnes attendent pour acheter leur billet de train. Nous voyons débarquer nos amis Maya, Michael et Fabien, une bonne surprise. Ils ont déjà leur ticket de première classe. Il y a beaucoup de monde, dans trois jours c’est Noël et les gens vont retrouver leur famille pour les fêtes, nous ne sommes pas sûrs de pouvoir embarquer. Finalement nous réussirons à acheter nos billets. La compagnie rajoutera trois wagons supplémentaires aux trois déjà accrochés à la locomotive et tout le monde pourra embarquer. A chaque nouveau wagon accroché c’est la ruée, nous devons nous battre pour réussir à monter et trouver une place debout entre les paniers, les valises, les poulets, sans compter toutes les personnes qui s’entassent tout naturellement comme des sardines. Avec à peine deux heures de retard le conducteur du train siffle le départ, doucement nous arrivons à notre vitesse de croisière qui doit s’approcher des 35 km/h. A chaque arrêt des gens montent et descendent, des revendeurs de tous âges passent sous les fenêtres pour vendre fruits, légumes, écrevisses, poulets, lapins… Nous retrouvons nos amis quelques stations plus loin et décidons de squatter leur wagon de première, histoire de papoter et de profiter du confort relatif de la première classe. 13 heures, arrivée à Tolongoina. Nous descendons tandis que eux continuent vers Manakara. Tolongoina est un village au cœur de la montagne, petites maisons de bois et de terre aux toits de branches, de paille ou de taule, pas une voiture ; les gens circulent à pied ou en charrette à zébus, tout le long de la rue principale des étales marchandes. Ambiance western malgache.

Nous trouvons rapidement notre premier contact, Monsieur Salala, mais il est trop alcoolisé et ne parle pas un mot de français, difficile pour nous aider d’une quelconque façon. Heureusement Jean-Baptiste un guide local vient à notre secours pour trouver une estafette piétonne qui part sur le champ pour le village d’Ambohimisafy à 15 kilomètres afin d’avertir le Général. Retour à la gargote pour patienter en attendant l’éventuel arrivée du Général si le message lui parvient ce soir et qu’il est au village avec son épouse Mariette. Nous devons aussi organiser notre rencontre avec un autre oncle de Dinh qui tient une plantation de café robusta près du village, gentiment Jean-Baptiste nous propose son aide. Pour patienter nous allons jouer au casino qui se trouve juste en face de la gargote de Monsieur Salala sur la place : une roue de bicyclette, une planche avec quelques numéros pour miser et voilà vous pouvez jouer à la roulette dans une ambiance improbable. Avec Laetitia nous sommes très émus, c’est la première fois que nous allons au casino. Entre temps Monsieur Salala viendra pleurer à notre table… La nuit arrive, pas de nouvelle de l’émissaire, nous avons perdu toute notre fortune de petits billets. Sur les conseils de Jean-Baptiste nous passerons la nuit à Tolongoina dans un petit chalet face à la montagne.
Après-demain c’est Noël.

Laetitia et Stan

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