J+63-66 / Marsabit la maudite jamais tu ne la quittes

Toc toc toc… Mmmm Grrrrr…Toc toc toc. Laetitia se lève. “Yes ?” “If you want there’s a departure to Nairobi” “No thanks, we take time to have a rest” “Ok no problem”. Il est 6 heures du matin, Laetitia se recouche pensant que c’est du bus dont on lui a parlé. Nous nous rendormons aussitôt. Pendant que Laetitia s’accorde une grâce mat bien méritée, je prends mon petit-déjeuner en solo et je pars explorer le bled. Et là je découvre le premier héritage que les anglais ont laissé aux kenyans : le brouillard. Je ne vois pas à dix mètres. Rapidement je découvre le deuxième, la pluie. Les gens apparaissent et disparaissent tels des fantômes. Il est 7 heures, tout le monde vaque à ses occupations, toutes les petites échoppes sont ouvertes, certains poussent des brouettes de nourriture vers la petite halle du marché en évitant les grandes flaques de boue. Les bouchers dépècent les bêtes et balancent les restes au milieu de la place où les chiens attendent comme nous le ferions au restaurant quand un plat tarde à venir. Vers 10 heures, le voile de brume se lève et laisse place au soleil, un changement de décor radical, de la Grande-Bretagne, téléportation immédiate vers le Kenya. Quand le soleil se pointe c’est l’heure de sortir Laetitia du lit, car contrairement aux british, le brouillard ce n’est pas sa tasse de thé. Enfin nous arrivons au troisième héritage de nos amis d’outre-manche : le thé…A Marsabit il n’y aura pas de vrai café, mais que du Nescafé. Espérons que cela changera quand nous descendrons plus au sud du Kenya.

Avant de partir en promenade dans les alentours de la ville, nous faisons un petit tour à la banque pour changer nos derniers birrs, mais la banque refuse notre monnaie éthiopienne et nous renvoie vers le marché noir du village ! Nous supposons que l’Ethiopie est un pays trop pauvre et sa monnaie trop instable. Nous voilà à négocier nos restes de birrs, mais nous y perdons. D’un taux de 7 nous passons à 6, par rapport à ce que nous avions changé à Moyale ; nous allons de vendeur en vendeur, et toujours le même taux, on nous propose même de nous les acheter à 5…nous finissons tout de même après une âpre négociation à obtenir 6.05 et ce sera leur denier mot. Bien dégoûtés nous partons découvrir la région, terre rouge-orange qui se détache de façon très nette sur la végétation d’un vert flamboyant. Le tout agrémenté de cônes volcaniques qui ressemblent à des pyramides et des cratères ; comme si les égyptiens étaient passés dans la région pour préparer leurs prototypes il y a quelques millions d’années de cela.

De retour de ballade, nous regardons si le bus pour Isiolo est arrivé. Il n’est pas là. Nous glanons quelques informations à propos de la ligne de bus Moyale-Isiolo et nous apprenons que ce n’est absolument pas une ligne régulière comme indiqué dans notre guide, mais que les bus partent quand ils sont plein, mais que personnes ne veut les emprunter vu leur vétustés ! Les passagers préfèrent trouver une voiture personnelle ou monter sur le haut des camions pour les moins fortunés. Donc ce bus journalier se transforme la plupart du temps en bus hebdomadaire, et nous ne l’avons pas pris alors qu’il était là le soir de notre arrivée ; sans commentaire. Nous serons peut-être plus chanceux demain. Le soir à l’hôtel, nous apprenons que la personne qui nous a réveillé le matin venait pour nous proposer de nous emmener à Nairobi ! Voilà ce que c’est de ne pas poser de questions quand on n’est pas réveillé ! Nous avons loupé une super opportunité de quitter le village…

Le lendemain au réveil, le bras de Laetitia a doublé de volume, sans doute le voyage en camion et les 8 heures de poussière sans discontinuer. Heureusement un médecin tient un cabinet dans le même bâtiment que notre hôtel. Rapide diagnostique, infection et elle confirme que la poussière en est sûrement la cause : antibiotiques, anti-inflammatoires, et désinfectant « Sphinx » dont la formule n’est pas indiquée sur la bouteille ; sans doute une préparation d’un rebouteux local ! Nous finissons la journée à vous préparer des textes pour agrémenter le blog, et prier pour que le bus arrive ce soir, car même si ce petit oasis de verdure est très sympathique, nous de l’avons pas prévu au programme et notre avion pour Madagascar décolle le 15 décembre, nous sommes le 22 novembre, soit trois semaines pour visiter le Kenya et la Tanzanie, alors que nous avons passé six semaines en l’Éthiopie. Le compte à rebours est lancé. 18 heures et aucun bus à l’horizon. Demain nous nous lèverons à 6 heures, et passerons en mode auto-stop, car nous ne voulons pas renouveler l’aventure sur le sommet d’un camion, surtout que le bras de Laetitia ne s’est pas encore rétabli.

Petit déjeuner : café, œuf sur le plat, Nescafé et mandazi : pâtisserie locale délicieuse. Toilette au chant du coq, et nous nous enfonçons dans le brouillard direction la station service, le meilleur spot pour catcher des voitures. Au bout d’une heure et demi pas de voiture partant pour le long court, que de la desserte locale. Un jeune homme que nous avions vu l’avant-veille vient nous voir, nous annonçant qu’il a un plan dans un camion, je vais voir au cas ou il y ait de la place en cabine. Faux plan, le camion ne part pas aujourd’hui.

Je rejoins Laetitia qui est restée en poste pour guetter les voitures, en chemin je vais voir les voitures à tout hasard. J’arrête un 4×4 flambant neuf, la vitre s’ouvre, je reconnais le gars que nous avions croisé la veille à l’internet et qui galérait comme nous avec la connexion super bas-débit. « Jambo, how are you? » « Fine, did you manage yesterday with your gmail” “Yes I did, with time its’always possible” “So, what do you want?” “ May-be you go to Isiolo” “Not today” “mmm” ‘ But, I leave Marsabit tomorrow to Nairobi, if you’re interested” “Yes, of course !” “ 7AM, tomorrow morning” “Great, how much” “It’s free” “Really ? Asanti sana, see you tomorrow then”. J’annonce la bonne nouvelle à Laetitia, fier comme un pêcheur qui ramènerait une prise exceptionnelle à sa femme, de quoi nourrir le foyer pendant plusieurs jours. Sur ce, nous retournons à l’hôtel poser nos affaires. Cela fait sourire l’organisation de l’hôtel.

Nous décidons d’occuper notre journée en partant à la découverte de la nature, direction l’entrée du parc, pour voir si nous ne trouvons pas un petit chemin de traverse qui pourrait nous emmener dans cette forêt semi tropicale, et nous le trouvons. Il nous permet de nous engager sur les coteaux de cette montagne volcanique, nous découvrirons des babouins Geladas pas farouches et une végétation luxuriante comme dans les films de Tarzan avec la couleur, l’odeur et les bruits en plus…c’est génial nous sommes en plein film d’aventure. Au sommet nous rebroussons chemin direction la civilisation.

Arrivés au village, un homme nous accoste et nous apprend que la personne qui devait nous emmener le lendemain matin a été appelée en urgence, qu’il nous a cherché, mais nous ne trouvant pas il est parti il y a deux heures environs. Il 15 heures, on a les boules. Nous reprenons notre bâton de galérien et allons de voiture en voiture en espérant en trouver une pour le lendemain. Au bout d’une heure nous nous résignons, nous préparant psychologiquement à nous lever une nouvelle fois à l’aube pour affronter le brouillard dans l’espoir de trouver un véhicule, à moins que le bus n’arrive ce soir ; ce ne sera pas le cas. Nous méditons sur notre sort dans le restaurant désert de l’hôtel ; à déguster le même menu que la veille et l’avant-veille…

5 heures, réveil. 5h30 Nescafé et œufs sur le plat. 6h, douche. 6h30 nous sommes sur la piste jouxtant la station service avec la ferme intention de quitter cette maudite ville de Marsabite. Un trucker nous propose de monter sur le sommet de son camion pour à peine le double du prix normal, nous ne demandons même pas pour la cabine. Deux heures plus tard le brouillard commence à se lever et nous n’avons pas bougé d’un centimètre. Un petit jeune vient nous voir et nous propose de chercher un plan pendant que nous tentons le stop. Une heure plus tard, il revient avec un embryon de solution, un camion doit partir dans l’après-midi pour Isiolo et pour un bon prix il pourrait nous faire monter en cabine. Marché conclut, il est 10 heures. Au cas ou le camion ne partirait pas nous continuons à demander à toutes les voitures qui passent. Il est 13 h pas de nouvelles du routier. Le jeune reste dans les parages et en discutant il nous apprend qu’ici un père peut marier sa fille en échange de 10 vaches. C’est ce qui est arrivé l’année dernière à sa sœur de 16 ans. Elle faisait des études qu’elle a du arrêter pour être mariée a un homme qu’elle ne connaissait pas. Aujourd’hui ils sont sépares et elle se retrouve sans rien et avec un bébé. Comment gâcher la vie de sa fille pour 10 malheureux bovins…14 heures nous regardons toujours les mouches voler, et les voitures électorales faisant le tour de la ville pour vanter les mérites de leur candidat et dispenser de l’argent à qui voudra bien voter pour eux, il s’agit de la campagne présidentielle. La démocratie s’achète 200 shillings kenyans la voix. 16 heures, le jeune homme revient et nous annonce que le camion ne devrait pas tarder à se mettre en route, le chauffeur est parti chercher des militaires pour l’escorte. Nous nous regardons avec Laetitia, nous demandant si c’est bien vrai que nous allons pouvoir enfin quitter Marsabit la Maudite…

Laetitia et Stan

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